Robert Lebeck


Un vécu qui fera sa ligne de conduite :
Robert Lebeck est un photographe allemand né en 1929 à Berlin, en faisant l’un des nombreux enfants de sa génération qui connaitra la guerre à 15 ans. En 1944 il est appelé par la Wehrmacht et envoyé sur le Front Oriental, où il est fait prisonnier en 1945.  La peur de la mort mêlée à la volonté de survivre sont deux émotions qu'il a découvertes derrière une mitrailleuse face à l’approche des chars soviétiques lors de la défense du fleuve Oder. Coup de chance, il échappe à la mort promise, une sacrée leçon de vie pour un jeune garçon de son âge ! Mais il assiste à l'écroulement de son monde et la dissolution de l’Allemagne nazie. Je vous en reparlerai, mais on peut ressentir l’influence de cette expérience forte dans ses images, un mélange de chagrin et un franc rejet de toute forme de façade.

Il poursuivit ses études à Zurich et à New York. Après avoir étudié l’ethnologie, Robert se mit à la photographie avec l’appareil que lui offrit sa femme. Il fut photographe reporter dans les années 1950, puis il travailla pour la presse allemande: Revue, Kristall, Stern. D’ailleurs durant trois décennies, il fut le photographe le plus en vue du magazine Stern. Artiste précoce, sa première photographie de Konrad Adenauer fut publiée en première page d’un journal en 1952, faites le calcul, il est alors âgé de 23 ans ! Sa gloire ne fit que s’accentuer au fil des reportages qu’il produisait alors à la commande des magazines qui l’employaient. Les sujets furent nombreux : mariages, football, carnavals, enfants, maires, clubs de jazz, étudiants, estropiés… tout était bon pour parfaire son apprentissage.

Enfin en 1960, il se fait connaitre du monde entier lors d’un reportage de 3 mois en Afrique pour le magazine de Hambourg Kristall. C'était l'année durant laquelle les pouvoirs européens accordaient l'indépendance à leurs anciennes colonies. A Leopoldville toute la presse mondiale se rassemble pour couvrir la célébration de l'indépendance du Congo belge, le plus grand pays d’Afrique Noire. Debout dans une voiture ouverte, le Roi Baudouin traverse la ville quand soudain un jeune noir saisi son épée et s’enfuit la brandissant comme un trophée. Lebeck avait pris la photo, l’image du symbole du déclin du pouvoir blanc et aussi celle du point de départ du chaos sanglant que le Congo allait devoir traverser. « On ne devient jamais quelqu’un sans un peu de chance » est tout ce qu’il dira à propos de ce cliché avec la simplicité qui le caractérise.

De 1977 à 1978 il sera le rédacteur en chef de Géo avant de retourner chez Stern en 1979. Peu à peu il se spécialise dans la photographie de célébrités et photographie les plus grands. Ainsi Alfred Hitchcock, Konrad Adenauer, Elvis Presley, Herbert von Karajan, Jayne Mansfield, Romy Schneider, l’Ayatollah Khomeiny, Salvador Dali, Klaus Kinski ou Rosario Dawson passeront avec bonne volonté et complicité sous son objectif. A partir de 2001 jusqu’en 2005, il travaillera en tant que photographe indépendant (en free-lance) à Berlin. En 2007 il sera le premier photographe à recevoir le Prix de Henri-Nannen pour le récompenser de l’ensemble du travail de sa vie. Reporter durant près de 50 ans, il aura été le témoin de l’histoire de nombreux pays et la mémoire de l’évolution du sien, il reste un portraitiste exceptionnel !


Sa vision de la photographie :

Dans ses premiers reportages en noir et blanc, Robert Lebeck n’accorde pas beaucoup d’importance à la technique, mais d’avantage au sujet. Cela ne le quittera plus, car ce n’est pas un mordu de technique qu’il utilise peu. Il affirme avoir appris les ficelles du métier en lisant les notices d'emploi de ses appareils photo.

Mais s’il faut souligner une qualité chez Robert, c’est son œil, celui que tout grand photographe se doit d’avoir et il fait confiance à ce regard. C'est un photographe humaniste qui recherche la vérité, la sincérité sans artifice, celle qui fera qu’en regardant la photo on se dira : « Mais oui, c’est bien lui là ! ». Pour lui les clichés pris par hasard sont les plus beaux et les plus authentiques, car perpétuellement à l'affût, Lebeck a une approche ultra spontanée de la photographie. Contrairement à beaucoup de ses collègues, il prend le temps nécessaire pour gagner la confiance des personnes qu’il photographie. Il souhaite s'approcher aussi près que possible d’elles. Une manière de travailler "sur le vif" qui lui a permis de gagner la confiance de presque toutes les personnalités dont il a réalisé le portrait. C’est sûrement le plus grand secret de son talent, car personne ne peut résumer en une prise de vue la vie et l’âme d’un personnage sans le connaître intimement. Son appareil photo devient le miroir de la réalité, comme si le modèle ne pouvait mentir face à lui.

Ses clichés sont remplis de compassion, ils ne comportent pas de sensationnel, pas de message, ne traduisent pas de jugement non plus, ils ne sont ni blessants ni humiliants pour ses sujets. Scepticisme, distance et ironie sont d’ailleurs souvent les sentiments dominants qui ressortent de ses photos, rendant son art si particulier. Car Lebeck s’était fixé un objectif de travail : réaliser des images « justes » en soi. Et justement, elles dévoilent leur humanité et figent sur la pellicule le geste simple qui reflète toute une personnalité ou toute une vie. Il est capable de capter en un instant une vie, une âme ou un moment historique. Ses clichés, souvent très célèbres, sont un raccourci en noir et blanc (et parfois en couleur) de l'histoire contemporaine.


Vous pouvez découvrir ses photographies sur son site : http://www.lebeck.de/