Ara Güler


Le photojournaliste Ara Güler est né le 16 août 1928 en Turquie, fils d’un pharmacien arménien, il vit à Beyoğlu, un quartier d’Istanbul. Il porte le nom turc que son père a choisi en lieu et place de « Derderian », son patronyme arménien. Il passe son enfance, dans le quartier de Péra, et effectue sa scolarité à l’école secondaire de Getronagan, établissement réservé à la minorité arménienne située dans le district de Karaköy à Istanbul.


Du cinéma au journalisme :

Son père avait de nombreux amis appartenant au monde de l'art. Ara est entré en contact avec ces personnes et elles l'ont incité à opter pour une carrière dans le cinéma. Ainsi il travaille dans des studios de cinéma et rejoint les cours d'art dramatique sous la direction de Muhsin Ertuğrul. Plus tard, il s’intéresse au journalisme et abandonne le cinéma.

Egalement connu sous le surnom « Istanbul's Eye » (l’Œil d’Istanbul), à 22 ans, il est engagé comme reporter-photographe au journal Yeni İstanbul, alors qu’il est encore étudiant en économie. Il travaille ensuite au journal Hürriyet. En 1958, lorsque le Time ouvre un bureau en Turquie, Güler devient le premier correspondant au Proche-Orient pour ce magazine. Ara Güler a travaillé dans de très nombreux pays autour du monde, tels que l'Iran, l'Afghanistan, le Kazakhstan, l'Inde, le Kenya, la Nouvelle-Guinée ou Bornéo... Mais il a surtout photographié en profondeur la Turquie, son pays d'origine, et principalement Istanbul.


Un travail largement récompensé :

Photographe réputé, mais curieusement peu connu du grand public, Ara Güler fut pendant les années 1960 correspondant au Moyen-Orient pour Time-Life, Paris-Match, Der Stern et The Sunday Times. En 1961, il a été embauché par le magazine Hayat en tant que photographe en chef, c’est à cette occasion qu’il rejoint l’Agence Magnum après avoir rencontré Henri Cartier-Bresson et Marc Riboud. Cette même année, la revue anglaise « Photography Annual » le désigne comme l’un des sept meilleurs photographes du monde ! Il devient également, cette année là, l’unique membre turc de l’American Society for Media Photographers.

En 1962, il obtient le titre de Master of Leica. En 1968, son travail a été exposé au Museum of Modern Art de New York dans le cadre d'un spectacle intitulé Ten Masters of Colour Photography. En outre, ses photographies ont également été présentées à la foire de Cologne, Photokina en Allemagne. Deux ans plus tard, Türkei, son album de photographies a été publié. Ses images relatives à l'art et à son histoire ont paru dans des magazines comme Horizon, Life ou Time et Newsweek. En 1979, il obtient le premier prix du reportage de l’Association des journalistes turcs. Il est déclaré le photographe turc du siècle en 1999. Il obtient la Légion d'honneur en France et le Prix Lucie pour l'ensemble de ses réalisations en 2009.

Ara a également publié plusieurs livres photographiques, tels que « Living in Turkey », « Sinan : architecte de Süleyman le Magnifique », « Les créatifs américains d'Ara Güler », « Les réalisateurs d'Ara Güler » et « Ara Güler : Photographies ».


La photographie reflète la réalité :

Le travail photographique de Güler met en lumière les 70 ans d’histoire de la Turquie. Ses photographies en noir et blanc témoignent des activités qui font vivre Istanbul et le Bosphore : ses pêcheurs, ses travailleurs, ses moyens de transport et ses mosquées en arrière-plan. L’usage du clair-obscur et le regard porté sur l’individu parmi la collectivité rapprochent l’art d’Ara Güler de techniques cinématographiques. Il montre simplement le quotidien en l’état, et pourtant une certaine poésie se dégage de ces monochromes. Il attache une grande importance à la présence de l'homme dans la photographie, « La photographie n’est rien d’autre que la réalité », déclare-t-il. Il a le sentiment que l'art peut mentir mais la photographie ne reflète que la réalité. Il n'apprécie pas l'art en photographie, il préfère donc le photojournalisme.

Il a également pris quelques portraits de personnalités comme Winston Churchill, Ansel Adams, Bertrand Russell ou encore Pablo Picasso. Dans les années 1970, il participe à des entretiens photographiques avec des artistes et hommes politiques remarquables, tels que Salvador Dalí, Marc Chagall, Alfred Hitchcock, Imogen Cunningham, Willy Brandt, John Berger, Maria Callas et Indira Gandhi.

En 1975, Ara réalise « The End of the Hero », un documentaire fiction basé sur un croiseur de la Première Guerre mondiale.


Le grand départ à 90 ans :

Il conserve ses archives de plus de huit cent mille photographies dans la maison familiale à trois étages héritée de son père à Galatasaray, où il a installé son atelier. En août 2018, un musée en son nom est ouvert à Istanbul afin de célébrer ses œuvres. Ara Güler meurt des suites d’une insuffisance cardiaque à l’hôpital Florence Nightingale d’Istanbul le 17 octobre 2018.


Je vous recommande la visite du site d’Ara Güler : http://www.araguler.com.tr/