Danny Lyon


Une attirance pour les marginaux :

Danny Lyon est un photographe et un cinéaste américain autodidacte, il est également considéré comme un écrivain accompli. Né en 1942 à Brooklyn, New York, il grandit dans le Queens à New York. Son père Ernst est docteur et aussi photographe-amateur. Juif russe par sa mère et allemand par son père, sa famille quitte l'Allemagne nazie en 1934, un an après l'arrivée d'Hitler au pouvoir. En 1959 à l'âge de dix-sept ans Danny entre à l'Université de Chicago où il étudie l’Histoire et obtient le baccalauréat d’Arts en 1963.


Danny Militant :

La même année, il publie ses premières photographies prises lors de manifestations pour les droits civiques de 1962, alors qu’il travaillait pour le « Comité de coordination non-violente étudiant ». Ses photos sont publiées sous le nom « Mouvement » dans un livre documentaire sur le « Mouvement américain pour les droits civiques ». Il devient membre du SNCC (prononcé SNIK), la plus grande organisation noire américaine. Pendant deux ans, il photographie le mouvement en butte aux Rednecks et à la police, documentant les marches en Alabama et dans le Mississipi. Danny rencontre alors les leaders de la lutte noire, Jesse Jackson, Martin Luther King ou Mohammed Ali. Militants pour les droits civiques, motards, taulards, indiens ou jeunes des ghettos, ce proche de Robert Frank s'est donné pour mission de documenter l’Amérique des exclus qui a finira par porter au pouvoir un président noir. Effectivement, Lyon veut partager un aperçu de l’univers de ceux qui vivent en marge de la société. Ses travaux dénotent avec le détachement des documentaires réalisés par les journalistes de son époque, car lui, milite pour un travail plus impliqué en s’immergeant totalement dans la vie des sujets. D’ailleurs il écrira toujours lui-même les textes qui accompagnent ses images dans les livres qu’il publiera. En 1967, il voyage en Amérique latine et commence à travailler pour l'agence Magnum.


Chicago Outlaw :

La même année quand il publie « Bikeriders » regroupant photographies et interviews de membres d’un gang de motards américain, il invente le concept du photo-journalisme. De 1963 à 1967, lui même motard, il devient membre du « Club des Hors-la-loi de Chicago » (The Chicago Outlaw Motorcycle Club). Magnétophone en poche et Leica en mains, durant cette immersion totale, il prend de légendaires clichés en noir et blanc dans tout le Midwest américain, lors de rencontres entre bikers. A travers ses photos, on est marquée par sa quête farouche de l’instant sans fioriture. Pour Lyon, ses photographies sont : « une tentative d'enregistrer et de glorifier la vie des motards américain» dit il. Cette série fut très populaire, elle sera exposer à la fondation Guggenheim en 1969, au musée d'art modern de New York, à  l'institut d'art de Chicago et dans le centre de la création photographique de l'Université de l'Arizona.


Rencontre avec les condamnés du Texas :

Poursuivant son intérêt pour les communautés marginales, il obtiendra l’autorisation de photographier le quotidien de condamnés dans les prisons du Texas et liera même d’étroites relations amicales avec beaucoup d’entre eux. En 1971 paraîtra « Conversations with the dead », livre comme à son habitude documenté par des images et écrit par ses soins en collaboration avec des condamnés à mort.


L’immersion totale :

On se rend compte que Danny ne se contente pas de faire un reportage, il vit avec les gens qu’il vient étudier, il entre en contact avec eux au point de s’en faire des amis. Danny Lyon vit l’aventure qu’il fait partager à son public, ainsi il sait de quoi il parle et son travail prend immédiatement une crédibilité incomparable. Partout où il est passé, l’honnêteté et son approche faisait que les gens avaient confiance en lui. Ils se sentaient à l’aise et ne prenaient pas ses prises de vue comme du voyeurisme ou des extorsions d’images dans le but de gagner de l’argent sur leur dos. Cette confiance totale de ses sujets donnait surtout des photographies sincères et naturelles qu’un reporter classique n’aurait jamais pu produire.


Let them kill themselves :

Ensuite il réalisera des films comme « Los Niños Abandonados » en 1975 et des courts métrages comme « Dear Mark » en 1981. Puis en 1989, il publiera un nouveau livre photo : « I like to eat right on the dirt », dans lequel il met en scène sa famille. Enfin en 1997 il publie « Bushwick » pour lequel il a arpenté un ghetto noir et qui se résume fort bien en cette phrase : « Let them kill themselves ». Flingues, ennui et pauvreté y sont décrits à coup d’images (à gauche) et de petites histoires (à droite) dont la lecture donne quelques frissons et émotions. Carlos Ferreira, dix-sept ans, dont les parents sont nés en Colombie, est le héros principal de ce récit photographique. Il vit dans un quartier déglingué de Brooklyn, shooté par la drogue et l'alcool, entouré d’immeubles pourris dont les fenêtres débordent d'ordures. Il y montre ce qui est important pour Carlos, ses amis, y parle de ses sorties, ses bagarres, des fusillades desquelles il est sorti. Il y décrit également un quotidien qui ressemble à un film de gangsters avec les bandes rivales, les rafales en pleine rue, les dealers d'héroïne, la police qui ramasse un mort par jour et les jeunes qui meurent pour des raisons débiles… Danny nous livre la raison qui l’a poussée à faire ce livre : « Je photographie ce que l'appareil peut photographier. Lui seul peut montrer une façon de voir le monde. Ces mômes ont l'âge de certains de mes enfants. Je leur donne la parole, je les regarde, je leur parle : ils existent ! »


Retrouvez quelques photographies de Danny Lyon sur : http://www.magnumphotos.com/