David Goldblatt


Le témoignage de la vie en Afrique du Sud :

David Goldblatt est un photographe sud-africain né le 29 novembre 1930 à Randfontein, dans le Transvaal en Afrique du Sud, au sein d'une famille d'origine lituanienne. David est le plus jeune fils d'Eli Goldblatt et Olga Light. Il s'intéresse très jeune à la photographie et effectue sa scolarité au lycée de Krugersdorp. Après des études commerciales à l'université du Witwatersrand, il commence sa carrière professionnelle comme photographe de presse en 1948. C'est ainsi qu'il photographie l’installation des nouveaux panneaux de ségrégation raciale, mis en place dans le cadre de la politique d'apartheid. En 1963, il se consacre pleinement à la photographie professionnelle et travaille sur de nombreux ouvrages consacrés à la vie quotidienne des Sud-Africains, blancs ou noirs. David Goldblatt est décédé il y a un peu moins d’un mois au moment où je rédige cette biographie, le 25 juin 2018 à Johannesburg. Il a photographié pendant des décennies le paysage politique d'Afrique du Sud, portant un intérêt particulier à l’histoire de son pays. Depuis les années 60, il a ainsi observé l'évolution sociale et politique de la société sud-africaine, explorant la relation entre les individus et les structures de la société sud-africaine dans lesquelles ils vivent. Ses photographies ont apporté un témoignage de la vie quotidienne en Afrique du Sud non seulement sous l’Apartheid mais aussi depuis la fin du régime ségrégationniste.

Johannesburg est une ville fragmentée avec une histoire complexe et douloureuse. La ville naît en 1886 grâce à la découverte de mines d’or. Dès le début, les blancs qui dirigent les services publics et les compagnies minières mettent en place la ségrégation raciale réduisant les populations noires à l’état de simple main d’œuvre. En 1948, l’Apartheid est proclamé, les personnes de couleur sont consignées dans des quartiers dont les noms ne laissent aucun doute sur l’intention de cette mesure, à savoir éloigner ces populations du centre-ville et donc de toute possibilité d’intégration. Pour David Goldblatt, l’un des pires effets de l’Apartheid c’est qu’il a empêché d’appréhender le mode de vie de l’autre.

David Goldblatt fonde en 1989 le Market Photo Workshop, l’école mythique qui formera des générations entières de photographes sud-africains, comme Mack Magagane, Dahlia Maubane,Chris Stamatiou, Jerry Gaegane, Musa Nxumalo, Thabiso Sekgala ou encore Romaen Tiffin.

En 1998, il publie « South Africa : The Structure of Things Then » consacrée à la vie quotidienne en Afrique du Sud du début de la colonisation jusqu'en 1990. C'est en 1998 qu'il expose son travail au musée d'art moderne (MoMA) de New York puis en 2001 à Barcelone. Jusqu'à la fin des années 1990, les photographies professionnelles de Goldblatt sont effectuées en noir et blanc. Ce n'est qu'après avoir travaillé sur un reportage en Australie qu'il prend des photos en couleurs.


L’Apartheid des deux côtés :

En 1994, Nelson Mandela est élu premier président noir d’Afrique du Sud et célèbre la fin de l’Apartheid dans son discours d’investiture. La chute de l’Apartheid a entraîné un retour des populations noires et pauvres dans le centre de Johannesburg. Ce sont donc aujourd’hui les populations blanches qui se déplacent vers les banlieues, se protégeant à outrance pour éviter la criminalité, omniprésente dans la ville.

La carrière de David Goldblatt est rythmée par l’histoire tourmentée de son pays natal, l’Afrique du Sud. Il a toujours photographié la ville de Johannesburg, suivant son histoire et son évolution, attentif aux lieux et aux populations. Pendant l’apartheid David Goldblatt photographie « des deux côtés » : les Afrikaners d’abord, puis l’univers des Noirs sud-africains dans les années 1970. L'ensemble de son œuvre est récompensé en 2009 par le prestigieux prix Henri-Cartier-Bresson (HCB). Cette bourse lui a permis de poursuivre son travail sur cette ville aux mille visages, en perpétuel changement. Comme pour cette ville mouvante, David a sans cesse renouvelé son approche photographique tout en restant dans le même pays. Ce qui est exceptionnel c’est le résultat qui semble toujours différent, il change de format avec tantôt du 24×36, tantôt du 6×6 ou de la chambre grand format, puis du noir et blanc et de la couleur également. Tous ses tirages argentiques d’époque sont incroyables de diversité. Il va également osciller entre différents sujets qui vont du portrait aux liens entre la criminalité et l’urbanisme.

David Goldblatt est une figure majeure de la photographie sud-africaine. Avec son livre intitulé « TJ », témoignages en noir et blanc réalisés entre 1948 et 1990, il offre un regard sans concession sur la société d’Afrique du Sud qu’il photographie depuis plus de soixante ans. Période durant laquelle les lois se multipliaient pour mettre les personnes de couleur à l’écart, réduisant leurs maisons et leurs commerces à l’état de ruines. L’acronyme « TJ » pour Transvaal Johannesburg, provient de l’ancien système d’enregistrement des véhicules sud-africains avant l’arrivée des systèmes informatiques. L’époque de TJ est aujourd’hui révolue, mais bien des aspects de Johannesburg n’ont pas changé. Ces lettres qui désignaient la ville et la province dans lesquelles les véhicules étaient enregistrés induisent un sentiment d’appartenance selon David Goldblatt. C’est une manière « intime » pour lui de désigner la ville de Johannesburg, où il vit depuis de nombreuses années et sur laquelle il ne cesse de travailler. Enfin, il reçoit le prix Cornell Capa en 2013.


Après l’Apartheid :

David Goldblatt continuera de documenter son pays après la chute de l’Apartheid. Goldblatt s’intéresse aux « ex-offenders », les invitant à retourner sur la scène des crimes qui les ont conduits devant la justice et en les photographiant au même endroit. Sur les murs de la Fondation HCB, sont présentés vingt portraits en noir et blanc d’hommes et de femmes, chacun racontant leur histoire faite de petits délits, de meurtres, de prison et d’espoir. Espoir de s’en sortir et de pouvoir connaître un avenir meilleur. Je ne crois pas que beaucoup d’entre eux soient fondamentalement mauvais, déclare Goldblatt. Ils en sont venus à faire ce qu’ils ont fait pour diverses raisons. Un contexte familial difficile, un système d’éducation défaillant, la drogue semblent être des facteurs récurrents qui ont influés sur leur comportement criminel. Les paysages urbains exposés en parallèle plantent la grande banalité des décors quotidiens ; ils soulignent les fractures et le tissage des liens complexes entre les habitants, quelle que soit leur communauté, dans une période de mutation sans précédent.


Vous pouvez prendre connaissance d’une partie du travail de David Goldblatt sur http://www.goodman-gallery.com/


Quelques unes de ses photographies sont dans le portfolio :