Jean-Pierre Grandjean


Une carrière énorme :

Jean-Pierre Grandjean est franco-suisse, il est né à Lausanne en 1950, il vit à Genève et sillonne le monde. Pendant ses études de graphiste dont il sort diplômé en 1969, il tombe sous le charme de la photographie. Jean-Pierre devient indépendant en 1976 et crée « Horizon », son propre bureau de graphisme, qui est basé dans sa Suisse natale, à Lausanne. Durant les vingt premières années de sa longue carrière, il va concevoir, en qualité de directeur artistique, des visuels pour les campagnes publicitaires de grandes marques (Bertolucci, Hermès, Omega, Pierre Cardin, Lindt, L’Oréal, Nespresso, Philip Morris, Marlboro, Chesterfield, Muratti, Suchard, Milka, Unilever, Lipton Ice Tea...) Pour son travail, il engage et fait travailler les plus grands photographes de l’époque comme David Hamilton ou Art Kane pour ne citer qu’eux car la liste serait bien trop longue. Aux contacts de ces photographes, il prend véritablement la dimension du langage de l'image, il est sous le charme et bascule peu à peu d’un monde à l’autre en orchestrant lui-même les prises de vue et en passant de moins en moins par des photographes intermédiaires. En 1981, il transforme son atelier graphique en agence de publicité sous le nom « d’Imagine ». Progressivement, son centre d’intérêt va se déplacer de la communication publicitaire vers le développement du dessin d'emballage. En 1995, sous la raison sociale de « Grandjean-Imagine », il entame une longue et étroite collaboration avec le fabricant de cigarettes Philip Morris. Depuis plus d’une vingtaine d’années, l’essentiel de son écriture photographique se passe autour du thème des religions et des traces de civilisations.


Un homme humble :

Riche de toutes ces expériences et après avoir parcouru à plusieurs reprises le monde entier, Jean-Pierre nous offre de nombreuses publications et expositions de ses travaux captés avec émotion. On ressent dans tous ses projets photographiques une vocation humaniste très présente, celle-là même qui est passée de l'image publicitaire à la photographie des « Hommes » et de leurs « Moi ». Jean-Pierre Grandjean est l'un des rares photographes de voyage à travailler au moyen format à l’aide d’un Pentax 645. Il utilise aussi volontiers un Leica M6 avec des films Kodak noir et blanc TMY400, ce sont ses tirages-papier qu’il numérise ensuite pour notre plus grand plaisir. Mais il travaille également en couleur et au polaroïd. Amoureux de la lumière, il s’évertue à l'apprivoiser, mais est conscient qu’il ne la domptera jamais, c’est ce qui résume le mieux l’état d’esprit et la grande modestie d’un personnage très attachant et profondément humain. Pour preuve l’histoire de ma rencontre avec lui, suite à un message qu’il avait gentiment posté sur mon site dédié au noir et blanc. Quand je me suis rendu compte que « JP Grandjean », auteur du message laissé sur mon livre d’or était Jean-Pierre, j’ai établi le contact grâce à son site et à un réseau social. Je suis tombé sur quelqu’un d’humble, de respectueux et de profondément gentil dans les échanges, quelqu’un avec un sens très développé du partage. Nos discussions nous ont fait partager des avis sur notre passion commune, celle de l’image, l’amour fou pour les ambiances visuelles et les personnes qui transpirent dans ses mots, ses clichés, ses voyages, ses films ou ses livres. J’en profite pour te remercier du grand cadeau que tu m’as fait en m’envoyant « Magic Haïti » dédicacé. Je le garde précieusement dans ma bibliothèque parmi les ouvrages de Doisneau, Depardon et autres grands noms de la photographie.

J’ai choisi dans ce qui suit, de vous parler de quelques-unes des grandes réalisations de Jean-Pierre. Il fallait bien opérer une sélection dans toutes ses créations ! Entre publicités, visuels de packaging, photos de voyages sur tous les continents, Reportages, livres, films, passages télé, émissions radio et publications ; Etre exhaustif sur son travail s’avérait impossible à moins de rédiger un livre en plusieurs volumes.


Passionné du bouddhisme :

Jean-Pierre Grandjean se passionne pour les peuples d’Asie du sud-est, quand en 1989, il entreprend un voyage durant lequel il se rendra au Vietnam, au Laos, au Cambodge et en Birmanie. Il est sensible à la place prédominante de la religion dans le quotidien et dans la géopolitique. Rappelons que depuis 1987, Lhassa est secouée par des émeutes, version du gouvernement chinois tandis que la plupart des observateurs indépendants témoignent que ces évènements étaient pacifiques (Cf. déclarations de journalistes comme Marie Holzman, Pierre-Antoine Donnet ou Robbie Barnett). La loi martiale entre donc en vigueur en 1989 et restera effective jusqu'au milieu de l’année 90. C’est aussi l’époque où les monastères sont bannis au Vietnam. Il est très touché par l’accueil chaleureux des Bouddhistes et apprécie la sérénité apportée par cette confession. Le côté spirituel le passionne et devient rapidement un centre d’intérêt fort qui va motiver nombreux voyages dans les pays pratiquants cette philosophie. Logiquement Bouddha et le bouddhisme deviennent les sujets photographiques de prédilection de Jean-Pierre pour leurs expressions visuelles et humanistes. Plusieurs projets d'envergure vont naître d’un long travail réalisé à partir de 2002. Il arpente l’Asie, la Mongolie, le Vietnam, la Birmanie, le Cambodge, le Sri Lanka, le Laos, etc. Tant de périples qui lui ont permis de s'immerger complètement dans la philosophie du Bouddha Siddharta Gautama qui fut un prince renonçant à son trône pour partir à la recherche de la vérité. Il entreprend sept voyages au Japon, de 2002 à 2009 pour étudier le thème précis de Jizô-san, le Bodhisattva gardien de l’esprit des enfants morts et avortés, c’est un sujet tabou qui révèle l’un des aspects du fonctionnement de la société civile japonaise contemporaine. Il photographie les Bouddhas des rives du Mékong, au Laos. Il réalise un travail dans la Péninsule Coréenne en 2004, à l'occasion de festivités en l'honneur de l'anniversaire de Bouddha. En 2011, il fige les Bouddhas géants des grottes proches de Datong, en Chine…


Sur les traces de Marco Polo :

Puis Jean-Pierre a voulu retrouver les traces de Marco Polo avec plusieurs mois de voyages photographiques sur les différentes Routes de la Soie. Le photographe a réalisé un premier voyage de deux mois, en véhicule tout terrain en 1999. Le matin du 3 juillet avec 4 voitures Toyota Land Cruiser, c’est le départ depuis Lausanne-Ouchy, en Suisse, pour rejoindre par la route, l’une des routes de la Soie, la capitale de la Chine, Pékin. Deux mois d’un riche voyage, d’une aventure de 17 411 kilomètres à traverser des villes comme Venise, Athènes, Istanbul, Dogubayazit, Isfahan, Persépolis, Zahedan, Quetta, Peshawar, Karimabad, Minfeng, Dunhuang, Wuwei, Yulin, Datong... Au final, un magnifique déplacement avec beaucoup d’images et de souvenirs en tête et d’autres couchées sur papier. Un voyage merveilleux tant dans l’itinéraire que dans le moyen de locomotion choisi car sûrement pas le plus simple, ni le plus rapide, mais à coup sûr le plus propice à favoriser le contact humain et les rencontres ! Il fera un second voyage photographique d'une même durée au printemps 2011, en suivant un tout autre itinéraire long cette fois de 14 202 kilomètres via l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie, la Moldavie, l’Ukraine, la Crimée, la Fédération de Russie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Turkestan Chinois, le Nord de l'Amdo tibétain et enfin la Chine de Xi'an jusqu'à Pékin. Il partira toujours de Suisse au volant d'une Mitsubishi Pajero. Pour être complet, il faut ajouter à ces deux principales expéditions plusieurs déplacements plus courts et plus spécifiques pour le développement de ce projet. Devant ce genre d'aventures, on ne peut que rester admiratif et envieux.


L’enfant Vodou :

Je vais vous parler ici d’un autre thème majeur dans sa carrière photographique. Il a traité du vodou en Haïti, je vous recommande d’ailleurs le livre « Magic Haïti » paru en 2004 et le film (très dur) « Voodoo Chile » pour lesquels il a pris d’énormes risques. Les images sont vraies et fortes, j'ai vu ce film, c'est à la fois émouvant, étonnant et parfois difficile à regarder car très loin de nos standards européens. Je comprends que Jean-Pierre ait pris des risques, j'imagine la pression tout autour de lui pendant qu’il filmait tous ces gens, car les scènes de transes et de folies collectives sont très impressionnantes. La musique de Jimi apporte encore un sentiment supplémentaire de mystère, voire une dimension incantatoire, qui colle parfaitement au sujet traité. Je trouve assez incroyable d’avoir osé faire ce film, et tout autant de le partager avec nous. J'imagine que c'est une expérience qui reste à jamais dans la mémoire d’un homme. Il écrit sur ce film : « C'est un vif hommage au peuple haïtien et à Jimi Hendrix. L’été 2003, à la veille des fêtes du bicentenaire de l’indépendance de la première république noire, en marge d'une insurrection qui couvait, j’ai compris que des événements particuliers allaient survenir dans cette île des Caraïbes, étant donné la situation politique, économique et sociale. C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de « Voodoo Chile », un film que j’ai réalisé en parallèle à mon travail photographique, avec mon petit outil de mémoire, mon carnet de notes, une petite caméra DV numérique amateur à ma ceinture. C’est sur place, qu’il m'est apparu évident de filmer ces cérémonies impressionnantes et particulières du Vodou. Des croyances d’origine animiste, qui ont été transmises par les esclaves venus d'Afrique de l’Ouest. »


Pour conclure :

Jean-Pierre explorera également l’Inde et les diverses formes d'hindouisme qu’on y rencontre. Il s’intéressera à l’islam durant des voyages dans le monde arabe et en Perse. Il enquêtera aussi sur l’univers chrétien en Amérique latine, en Turquie, en Syrie, au Liban ou en Éthiopie. Un peu à la manière d’Abbas, il fait un tour d’horizon des religions, des philosophies, des croyances et des confessions. Il a aussi travaillé, au fil de ses déplacements dans le monde, sur un thème mêlant architecture et religions, celui qu’il a baptisé « Ruines sacrées où règne le mystère des Dieux et des Rois ». Dans ce projet, il présente des restes de sites et d’édifices mystiques dégradés par le temps. C’est une interprétation et un constat du déclin des royaumes, des empires et des dynasties à travers le monde. Cette thématique photographique rejoint et complète l’essentiel de son travail déjà produit à ce jour sur les différentes formes du bouddhisme en Asie.


Son site général : www.grandjean-photo.com et son site de portfolios : www.grandjean-photo.prosite.com


Quelques unes de ses photographies sont dans le portfolio :