Sebastião Salgado


Une vie qui s’annonce sans difficulté :

Sebastião Salgado est né au Brésil dans une ferme de la région du Minas Gerais, le 8 février 1944. Enfant intelligent et bien encadré dans une famille aimante, puis élève brillant, il poursuit ses études qui l'amènent naturellement à l’obtention d’une maîtrise d'économie à Sao Paulo en 1968. Il rencontre au cours de cette période Lélia Deluiz Wanick, alors étudiante en architecture, qui deviendra sa femme. Diplômé il intègre le ministère des finances brésilien mais en 1996 cette vie bien rangée va basculer.


Le tournant :

En effet suite au coup d'état militaire, sa fonction et ses idées politiques le contraignent, sa femme et lui, à quitter le Brésil pour la France. Il reprend alors des études à l'école nationale de la statistique et de l'administration économique avec succès puisqu’il décroche un doctorat d'économie agricole à l'université de Paris en 1971. Dès lors il travaille en tant qu'économiste au département des investissements de l'Organisation Internationale du Café (ICO) qui est basée à Londres. Grâce à ce travail, qui l'amène à faire de très nombreux voyages notamment en Afrique, il découvre réellement l’univers photographique et surtout son pouvoir à capter la réalité. Dès lors il va vouer une véritable passion pour l'image et s’en servir comme d’un vecteur des grandes causes mondiales. En 1973, il change brutalement d’orientation quand en tant qu’autodidacte, il commence réellement à s’intéresser à la photographie. Dans cette logique il démissionne pour se consacrer entièrement à cette nouvelle passion. C'est le début d'une grande aventure humaine qui le conduira un peu partout à travers le monde à la recherche des plus grandes misères de l’homme.


D’agences en agences :

D'abord photographe en freelance il travaille principalement avec la presse catholique. En 1974 suite à l'énorme succès que remporte son premier grand reportage en noir et blanc sur le Sahel et l'Ethiopie, il rejoint une agence. Il signe alors chez Sigma et franchit un pallier en entrant dans le monde très fermé des reporters photo. Dès lors les reportages se succèdent en Angola, au Mozambique ou au Portugal, suite à la « révolution des Œillets ». Pourtant, l’ambiance chez Sigma ne lui convient pas ; Il regrette un manque flagrant de complicité et d'échanges entre les photographes de l'agence. Qu’à cela ne tienne ! Fidèle à son esprit fonceur et aventurier, en 1975 il part de l’agence pour rejoindre un concurrent, l’agence Gamma. Il y côtoie Depardon, Gaumy et Abbas, il est alors en pleine phase d’apprentissage du métier. Pourtant une particularité va naître et le démarquer de ses confrères. Alors que les autres photoreporters préfèrent réaliser des reportages de proximité, lui aime déjà l’idée de s'investir dans des sujets qui l'obligent parfois à partir très loin et longtemps pour côtoyer des régions d'extrême misère. Cette « méthodologie » va en faire sa carte de visite mais aussi le placer à l’écart de la profession. En 1977 dans cette optique, il mène un projet en Amérique latine qui le conduit au Mexique, au Guatemala et dans d’autres pays de ce continent. Il enquête sur un milieu très pauvre et méconnu de nous autres européens, celui des paysans et visite de nombreux villages montagnards difficiles d’accès. Il évoque à la fois la persistance des cultures paysannes et indiennes et la résistance culturelle des Indiens de ce continent. Les photos qu’il fera de cette population seront éditées bien plus tard, en 1986, dans le livre « Autres Amériques ». Puis en 1979 il rejoint Magnum, agence qui va le consacrer et où il restera durant une quinzaine d’années.


Peu importe le temps passé :

C’est au cœur d’un système économique et politique en proie à l’instabilité que Salgado construit ses « plans de vol » et mène ses projets. Il va témoigner pendant près de trente ans des oscillations, des déséquilibres, voire des effondrements qui marquent les pays et les continents, qui les font évoluer, les mènent parfois au chaos. Sebastião s'est spécialisé dans des projets à long terme auto-assignés pendant lesquels il passe des années à voyager dans le but de cerner d’ambitieux sujets. Il a fait le choix d’aborder en toute indépendance des sujets de fond, de les approfondir, il prend le temps nécessaire à leur compréhension. Ainsi, il couvre la guerre en Angola et au Sahara espagnol, la prise des otages israéliens à Entebbe. En 1978, à la demande de la municipalité de La Courneuve, il effectue un reportage sur la « Cité des 4000 ». En 1979, il réalise un travail sur les transhumances et un autre sur les conditions de vie des immigrés en Europe. Pour « Workers » titré en français « La Main de l'homme » publié en 1993, il a passé sept ans à voyager à travers 26 pays, sur tous les continents, pour présenter et expliquer l'évolution du travail manuel et du système de production mondial. Les photographies de cette série exposées dans le monde entier figurent parmi ses œuvres les plus connues. Pour « Exodes », paru en 2000 Salgado effectue trente-six reportages durant six années où il examine des réfugiés et des migrants dans des contextes sociaux, économiques et politiques délicats en parcourant une quarantaine de pays. La même année il publie, les « Enfants de l'exode » où il décrit le sort d’enfants de populations déplacées, réfugiées ou migrantes. Ce sujet lui permet d’approcher la question du territoire, la manière dont l’homme le crée et dont il en est dessaisi. Il tutoie également les conséquences des actions qu’il effectue sur le bien commun qu’est la nature. C’est une dénonciation par l'image de ces terribles mouvements de population engendrant pertes de repères, des traditions et synonyme de pauvreté. Le livre devient dès sa parution en 2000, un best-seller, le succès populaire et la critique positive de confrères avisés font de Salgado un très grand photojournaliste. Un de ses reportages les plus renommés, intitulé « La Mine d'or de Serra Pelada », porte sur le quotidien des travailleurs dans une mine d’or du Brésil, reportage dans lequel il parvient à retranscrire parfaitement, les conditions de travail inhumaines auxquelles ces mineurs sont soumis. Ces célèbres clichés sur cette mine d’or montrent des hommes comme une cohorte d’insectes boueux escaladant des échelles. Salgado montre en même temps la réalité économique et sociale des mines d’or en général, faites d’exploitations mais aussi d’espoirs de trouver de l’or, de solidarité et d’individualisme, de victimes qui peuvent parfois devenir bourreaux. Il assiste en 1981 à la tentative d'assassinat de Ronald Reagan alors qu’il était à la porte de l'hôtel Hilton de Washington à prendre des photos. Au-delà des images de cet attentat le grand public découvre alors un photographe humaniste, c'est un scoop aux répercussions immédiates.

Pendant les années 1984-1985, avec l'organisation Médecins sans frontières, il parcourt le Sahel frappé par la sécheresse et la famine. Sa présence sur place au sein des camps de réfugiés lui permet de montrer le calvaire des victimes, la dureté de leurs conditions de vie et les dégâts causés à leur environnement.

En 1986 ces prises de vue sont réunies dans le livre « Sahel. L’homme en détresse ». La lutte menée par les paysans pauvres du Brésil donne lieu en 1997 à la publication de « Terra ».

En 1998 il fonde avec sa femme l'institut Terra, situé dans la vallée du Rio Doce au Brésil. C’est un programme de reboisement destiné à replanter la forêt, qui existait il y a longtemps dans cette région. L’institut a également une vocation pédagogique et de sensibilisation auprès des responsables de l'environnement face au développement.

En 2001, il suit et documente la campagne mondiale d'éradication de la poliomyélite menée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds d'urgence des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF). Un livre intitulé « L'Éradication de la polio » verra le jour à cette occasion.


La méthodologie Salgado :

Dans le travail de Salgado la dénonciation est toujours présente, renforcée par la prise de vue en noir et blanc, c’est indéniable ! L’image chez Salgado n’est jamais volée, elle n’est pas non plus le fruit du hasard ou d’un concours de circonstances. Elle résulte toujours d’une recherche poussée, d’une réflexion précise et d’une prise de position en amont. Chaque cliché fait bien sentir la présence du photographe dans le milieu qu’il fige et véhicule une émotion contrôlée. Lorsqu’il choisit de traiter un sujet, de construire un reportage, Salgado établit un programme à long terme, s’immerge au sein de situations complexes, qu’une série superficielle de l’événement ne saurait aborder. Toutes ses images attestent d’une connaissance précise des lieux, d’une relation particulière de proximité et de connaissance de ses sujets. Il s’immerge complètement avec ses modèles pour ne plus faire qu’un avec eux. Pour ne pas rester à la surface d’un phénomène, il en explore le voisinage, les sources et les conséquences. Le débat qu’il suggère doit durer dans le temps, Sebastião examine donc les héritages du passé, il prend acte de l’actualité bien sûr, mais surtout, il se projette dans l’avenir et imagine les conséquences à court, moyen et à long terme. Sûrement une déformation de sa formation d’économiste et la résultante de son job d’investisseur qui confrontent constamment les trois dimensions. Ses prises de vue sont des compositions soignées avec fréquemment des sujets rétro-éclairés pris à l’argentique, afin d’en renforcer les formes et le côté dramatique. Aujourd’hui Sebastião Salgado confie qu’il utilise le Pack DxO FilmPack pour apporter un coté plus argentique à ses clichés numériques. Icône du reportage en noir et blanc, le célèbre photojournaliste est passé depuis peu d’un Pentax 645 argentique à un modèle numérique. En grand amoureux du film N&B, il n’a pu se résoudre à perdre la matière que pouvait apporter une Tri-X. « Grâce à DxO FilmPack, j’ai pu passer en douceur au numérique. » ... « J’ai trouvé un système de qualité qui me correspond, j’ai choisi  l’argentico-numérique et j’obtiens même de meilleurs résultats qu’en tout-argentique ». D’après ce que rapporte le site DxO, Salgado traiterait ses images avec DxO FilmPack puis les transférerait sur film avant de les tirer sur papier : «  … Aujourd’hui, toutes les images numériques de Sebastiao Salgado sont traitées avec DxO FilmPack avant d’être transférées sur un film grâce à un imageur Kodak puis, tirées sur papier baryté…  ». Pour information, DxO FilmPack permet d’attribuer à toute image numérique, quelle qu’en soit la source, les caractéristiques colorimétriques et le grain d’un film argentique traditionnel. Ce Pack offre aussi la possibilité par exemple d’expérimenter en associant le rendu d’un film avec le grain d’un autre ! A l’époque où il travaillait en argentique et encore aujourd’hui avec cette méthode beaucoup de ses images sont devenues des photos qui ont fait le tour du monde.

Pour preuve sans le connaitre, quand j’étais gosse, j’ai passé une année avec une photo de Salgado « Little girl carrying candy apples, Guatemala 1978 » en préface d’un livre d’histoire-géo pour la partie relative à l’Amérique du Sud. Puis plus tard quand j’étais étudiant, durant 2 ans j’ai eu dans ma chambre une autre photo encadrée, toujours issue d’Amérique du Sud « Oaxaca, Mexico 1980 » et toujours sans savoir qu’elle était de lui. Je l’ai découvert bien plus tard, quand j’ai commencé à m’intéresser à la photographie et à ce photographe grâce à « Children, Chimborazo, Ecuador 1982 » et à « Refugee, blinded by sandstorms and eye infections, Mali 1985 » deux clichés qui ont fait le tour du monde ! Puis enfin je suis tombé un jour par hasard sur « Serra Pelada gold mine, Brazil 1986 » et plus particulièrement sur cette photo que l’on prend au premier regard pour la crucifixion du Christ, avant de se dire : « mais c’est impossible, il n’y avait pas de photographe à cette époque, s’agirait-il d’une reconstitution ? » Enfin un jour j’ai trouvé l’auteur et le titre en cherchant dans des livres (il y a 20 ans, le net n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui), il s’agissait d’une série réalisée par un photoreporter brésilien sur une mine d’or de son pays !

Salgado est entré dernièrement dans une période où il a décidé de traiter différents sujets sur l’environnement. Son dernier projet qu’il débute en 2004, « Genesis » expose des vestiges restés vierges comme à l'origine un peu partout sur la planète. Il se compose de séries de photographies noir et blanc (évidemment), paysages, faunes, flores et communautés humaines. Difficile me direz-vous de trouver des lieux non encore souillés par l’homme, tant ce dernier s’est évertué à en modifier la géographie naturelle, et à marquer le paysage de son empreinte. Quand il sera terminé, sûrement dans l’année, ce doc-photo présentera l’histoire d’une vingtaine de reportages qui rendront grâce aux derniers écosystèmes vierges de notre planète. Il y aborde la nature sous un autre angle, en montrant la puissance des éléments, leur agencement, leur énergie, il veut donner une vision de la terre comme elle était avant la vie biologiquement organisée. D’autres volets de ce projet abordent l’animal dans son milieu et ses liens harmoniques avec ce qui l’entoure, puis le cercle s’élargira aux groupes humains non atteints par le modèle occidental urbain, tribus isolées des forêts amazoniennes ou africaines, ou encore peuples nomades de Sibérie et d’Afghanistan. Vous pouvez avoir ici un aperçu assez complet de l’architecture et de la logique de ce projet : http://muzderauli.wordpress.com/2009/07/30/sebastiao-salgado/ « Genèse » plaide pour une prise de conscience de l’homme asservisseur des autres espèces et des répercussions qu’ont et qu’auront ses actes parfois démesurés et irresponsables.


L’importance des textes :

L’aspect de documentaire que revêt le travail de Salgado induit la nécessité d’un accompagnement narratif qu’il bâtit en amont comme en aval de ses reportages. À ce titre, l’accompagnement textuel des clichés qu’il publie est un élément tout aussi primordial que les préparatifs du reportage, son déroulement et les prises de vue elles-mêmes. L’introduction du sujet et les légendes associées aux images sont l’aboutissement d’une longue préparation et de documentations poussées. Elles introduisent un sens unique de traduction des clichés qui, sans elles, pourraient en comporter plusieurs. Salgado canalise ainsi la lecture de ses images en guidant l’observateur/lecteur par l’adjonction de textes, souvent différés en fin d’ouvrages mais néanmoins présents. Par ce moyen il contrôle l’interprétation subjective qui pourrait avoir lieu malgré la démarche démonstrative, il recadre ainsi le débat, ce qu’il veut faire passer comme message visuel et réoriente en recentrant le sujet in fine. Cette méthode éprouvée laisse au lecteur un dernier souvenir fort qui vient balayer toute idée s’écartant de ce que l’auteur voulait démontrer. En gros c’est la technique du dernier candidat qui parle qui a raison ou du moins de celui qui laisse un souvenir plus fort et présent que le premier qui s’est exprimé, à moins que le premier n’ait été vraiment remarquable. Salgado est un peu les deux personnages à la fois, le premier candidat remarquable qui s’est exprimé et aussi le dernier qui vient de laisser un souvenir impérissable. L’auteur ne laisse jamais le spectateur à ses propres émotions, il lui donne les moyens d’une meilleure lecture des images et introduit la possibilité de réviser ses éventuelles idées préconçues sur le monde.


Influences, inspirations et sens de l’iconographie :

Salgado interrogé au sujet du nom retenu pour son projet en cours, « Genèse » déclare qu’il n’a pas de connotation religieuse, même si lui-même est très croyant et qu’il a travaillé pour des journaux catholiques. Pourtant, quand on examine le contenu de son œuvre, on peut y percevoir des inspirations quasi bibliques. On pense à ces ouvriers pétroliers pris au Koweït, par exemple, qui supportent passivement une pluie de pétrole, et qui semblent avoir la patience d'anges. La mêlée des mineurs du Serra Pelada est, pour qui veut le voir, un aperçu de l'enfer, ou comme je le disais plus haut une quasi reproduction de la crucifixion. Même si les prises de vue de cette mine sont largement connues, rares sont ceux qui pourraient dire où, quand et pourquoi travaillent ces milliers de fourmis laborieuses ? Riches de sens dans leurs compositions et dans leurs références culturelles, ne représentent-elles pas les damnés de la terre, les martyrs chrétiens de jadis, ne symboliseraient-elles pas brutalement l’exploitation de l’homme par l’homme ? L'essaim des bébés de la fondation pour les enfants Welfare de São Paulo apparaît comme une Babylone pour l'avenir. Enfin, l'image forte de la queue d'une baleine franche devient Jonah le grand poisson. Ceci ne veut pas pour autant dire que les images de Salgado soient soigneusement mises en scène, car il faut bien le dire une polémique sur ce sujet demeure. Ses images n’en restent pas moins merveilleuses et fortes émotionnellement. Que ce photographe ait réussi à prendre des faits en retranscrivant sans artifice la réalité, en ferait il est vrai, des clichés mythiques. Mais dans le cas contraire, ils demeurent des émerveillements pour les yeux et des prises de positions contestataires fortes. Au cours de sa carrière, Salgado a cherché à utiliser ses photographies pour toucher la conscience collective. Il a été le témoin visuel des injustices de systèmes politiques et sociaux établis. Il est sûrement le photographe contemporain vivant le plus connu dans son domaine et une référence pour de nombreux photographes tant par sa technique typiquement Noir et Blanc que par sa conception du photoreportage. « La couleur m'empêche de me concentrer sur la dignité des gens, sur la densité de leur attitude ou de leur regard. » Sebastiao est sensible à l'humanité, tant que parfois cela peut devenir du voyeurisme ou de la mise en scène pathétique mais outre ces critiques justifiées ou non, il n'en est pas moins l'initiateur d'une certaine photographie qui met l'être humain au cœur des préoccupations du monde. Famine, pauvreté, exode, travail sont des mots qui sans cesse résonnent dans nos têtes à la vue d'un de ses clichés.

Sa motivation et son inspiration sont dues à quoi ? Comment expliquer cette démarche dont le résultat est si rude dans l’aboutissement visuel ? Peut-être la cause à ses origines de fermier brésilien, peut-être à son vécu quand il fit l’expérience de l’exode du Brésil vers la France, peut-être à sa connaissance des réalités économiques mondiales, peut-être à ses influences catholiques, peut-être simplement qu'il aime l'humanité ? Toutes ces notions sont bien résumées dans cette idée qu’il a une fois lancée à un journaliste : « Je rêve que le fruit du travail de la planète durant une journée soit dédié au financement d’un débat planétaire sur la condition humaine » Salgado donne l’impression de nous proposer des clichés comme bases de débats, c’est un photographe engagé qui prend part à la réflexion que doit avoir l’homme sur lui-même et son environnement. Un peu avant-gardiste à la conscience collective que commence doucement à développer l’humanité depuis quelques années.

Dans sa démarche et par rapport aux thèmes qu’il étudie Salgado peut être comparé à des photographes-reporters comme Dorothea Lange, W. Eugene Smith ou Philip Jones Griffiths. Les points communs émergeants sont la soumission de l’homme à l’ordre économique mondial, que traita Dorothea Lange dans « Farm Security Administration », ou le rapport de l’homme et de l’exil qu’elle aborde dans « La Mort d’une vallée », ou encore les tensions entre homme et nature de W. Eugene Smith avec son reportage sur les conséquences de la pollution au Japon.


Ses trophées :

Pendant cette période d'intense activité, il cumule également les récompenses en particulier le prix Eugène W. Smith pour la photographie humanitaire en 1982 et le prix Oskar Barnack en 1985 pour son travail sur les effets dévastateurs de la sécheresse au Sahel. En 1986 enfin, suite à la publication des ouvrages « Autres Amériques » et « Sahel, l'homme en détresse », directement issus des travaux d'exposition réalisés en 1982 et en 1985 sur les mêmes thèmes, il est consacré meilleur journaliste photographique de l'année par l'International Center of Photography de New-York. Il est au sommet de la consécration, il faut pour lui nécessairement retrouver d'autres sujets et reprendre son bâton de pèlerin. Toujours dans la lignée de ses précédents travaux sur les milieux pauvres et déshérités, il entreprend alors un projet documentaire sur la disparition des industries manuelles dans le monde en 1987. Sept ans seront nécessaires pour terminer ce projet et en 1990, l'exposition « Une certaine grâce », rétrospective de 20 ans de photos sur la lutte de l'homme pour sa survie vient conclure une formidable décennie Magnum. Le livre issu de l'exposition est publié la même année. En 1993, c'est auréolé de nombreuses récompenses honorifiques et du titre de tout nouveau membre honoraire de l’American Academy of Arts and Sciences de Cambridge aux Etats-Unis, qu'il présente « La main de l'homme », travail documentaire commencé sept ans plus tôt sur le déclin de l'ère industrielle. Mais, toute collaboration a une fin et en 1994, désireux sans doute de poursuivre son chemin seul, il quitte l'agence Magnum. Sebastiao Salgado avec sa femme en 1994, crée alors sa propre agence Amazonas Images (http://www.amazonasimages.com/sebastiao-salgado) qui devient par la suite le moteur de son travail et son outil de communication privilégié. Sans doute plus indépendant, il souhaite aussi s'investir profondément dans des actions humanitaires d'envergure, non plus pour montrer seulement la misère ou le désespoir mais également pour devenir acteur et même initiateur de projets d'aides. Outre l'exposition « Serra Pelada » en 1995, sur le travail des hommes fourmis surexploités des mines brésiliennes à ciel ouvert, il s'engage en 1997 définitivement dans l'action humanitaire en partenariat avec l'association « Frères des Hommes » avec son ouvrage « Terra ». C’est une vaste opération de solidarité en faveur des paysans sans terre du Brésil, il crée alors l'institut Terra dont le but est d'aider à la sauvegarde des ressources naturelles garantes de l'équilibre social et économique des régions menacées. En 2001, il est nommé représentant spécial de l'UNICEF pour promouvoir les droits des enfants et documente par ses photographies l'initiative mondiale d'éradication de la poliomyélite organisée par l'OMS, cette action donne l'année suivante le jour à une exposition et un livre : « Un effort global pour éradiquer la maladie ».


Pour conclure ce passionnant voyage dans l’univers de Salgado, je vous invite à visiter ce site qui expose son travail et beaucoup d’autres photos que je n’ai pas pu sélectionner et vous présenter dans cet article tant les réalisations de ce passionné sont colossales : http://www.pdngallery.com/20years/photojournalism/18_sebastiao_salgado.html


Quelques unes de ses photographies sont dans le portfolio :