Alvaro Ybarra Zavala


Un reporter humaniste :
Alvaro Ybarra Zavala est né le 1er janvier en 1979 à Bilbao en Espagne. Il commence sa carrière de photographe à 19 ans alors qu’il est étudiant à l’université. Depuis le début, il s’attache à traiter de questions sociales alors qu’il travaille comme photographe freelance jusqu’en décembre 2005. De 2006 à 2009, il est représenté par l’Agence Vu, aujourd’hui, il a intégré Getty Images comme reporter. À trente-trois ans, Alvaro Ybarra Zavala a déjà couvert d’innombrables conflits : Congo, Rwanda, Proche-Orient, Tchétchénie, Irak, Colombie, Soudan, Afghanistan, Birmanie, Ouganda ou Liban... La pauvreté et la violence sociale dans les pays du Tiers-monde ainsi que les maladies qui touchent ces peuples (sida, malaria, cancer…) sont des sujets qu’il a traité à plusieurs reprises et qui lui tiennent à cœur. Il a publié cinq livres dont les célèbres « Under the sun shadow », « Children of sorrow » et « Apocalipsis » en 2010. Zavala a également exposé « Les voix du Darfour » dans toute l’Espagne ainsi qu’au Royal Albert Hall à Londres. Son travail sur « Les enfants de la peine » a été exposé au festival Visa pour l’Image de Perpignan en 2006. Il est aujourd’hui la nouvelle image de Nikon Europe. J’ai choisi de vous parler plus en détail de deux de ses projets qui m’ont vraiment troublé. Le premier « Apocalipsis » est très émouvant, tant dans le sujet abordé que dans les images qui le composent. Le second porte sur la Colombie, il constitue une véritable prouesse d’investigations journalistiques et un pur bonheur photographique.

L’apocalypse :
Le projet « Apocalipsis » vise à créer un fort déclic dans la mémoire collective afin de ne pas oublier certains épisodes de notre histoire. Cela pour ne pas devenir des complices en toute impunité et se souvenir que nos actes sont l'héritage que nous laissons aux générations futures. L'histoire a montré que les gens sont capables de cruautés inconcevables (Irak, Colombie, Darfour, République démocratique du Congo, Afghanistan ou Birmanie), mais aussi parfois d'une noblesse que nous pouvons à peine imaginer. Ce travail  vise à ne pas oublier que le choix nous appartient ! Ce voyage est une errance vers le côté le plus sombre d'entre nous qui montre que la réalité de notre monde peut être pire que ce que l’on veut parfois s’autoriser à imaginer.

Certaines images de cette série sont difficilement supportables, et à ce propos je tenais à vous livrer mon impression sur l’une d’elles, une certaine image prise au Congo et qui a fait grand bruit ! On y voit un homme qui tient un couteau dans sa bouche et deux parties d’un corps humain dans chacune de ses mains en les présentant telles des trophées devant l’objectif de Zavala. Voilà le commentaire que j’ai écrit sur ce cliché et qui, après réflexion et sans le savoir à l’époque, à mon humble avis, traduit exactement ce que voulait faire passer le photographe. « Impossible de trouver le sommeil après avoir photographié de telles atrocités ! Hélas l'homme en temps de guerre est capable du pire. On aimerait se voiler la face et ne pas voir ce qu'il est capable de faire, pourtant... Je pense que l'on doit montrer la réalité afin d'éviter tout négationnisme, le fait de taire de telles actions reviendrait à les couvrir et à les accepter tacitement. » Quelques temps après cette intervention je me suis renseigné sur le projet « Apocalipsis » et j’ai lu le message que souhaitait faire passer son auteur. Ma réaction a été strictement en phase avec l’objectif recherché que voulait transmettre Alvaro. Sur ce point précis, je dirais simplement que le but est atteint !

La Colombie vue par Zavala :

En 2011, son reportage intitulé « Colombie, l’éternel déchirement » était exposé dans le cadre de Visa pour l’Image. Zavala y montrait un pays en prise à une guerre dictée par des intérêts économiques et stratégiques. Il s’attache une fois de plus à aborder son reportage sous des angles nouveaux afin d’apporter une nouvelle vision et de changer l’image qu’ont la plupart des personnes de la Colombie. Dans le cadre de ce travail qu’il commence en 2003, il réussit patiemment à approcher tous les protagonistes (Civils, FARC, para-militaires, militaires) tout en travaillant sur son projet de fond traitant des déplacés. La Colombie est le second pays au monde, comptant le plus de personnes déplacées, qui ont quitté leur terre et leur foyer. Pour entrer en contact avec les FARC qu’il va suivre pendant 6 mois, l’approche fut longue et compliquée. Ce groupe est vaste mais ne communique pratiquement pas, son fonctionnement est basé sur une organisation rigoureuse. Alvaro a donc emprunté la voie classique c'est-à-dire entrer en contact avec un membre pour obtenir le droit d’aller faire un reportage sur les déplacés en zone sous contrôle de l’organisation. Concourt de circonstances favorables, cela coïncide avec la négociation de Chavez pour faire libérer des otages alors que Uribe le président Colombien n’y est jamais arrivé. Tous les partis souhaitaient donc livrer leur histoire sur le sujet et les FARC savaient que Zavala était quelqu’un de sérieux et de compétant. D’un autre côté, chaque camp essaye de le manipuler afin qu’il raconte l’histoire qu’ils veulent qu’on raconte, Escobar, les séquestrations, la violence, le narcotrafic... On imagine bien les conditions extrêmement compliquées pour travailler sereinement. D’ailleurs à la question avez-vous craint pour votre vie Zavala répond : « Vous me demandez si j’ai peur, mais j’essaye en Colombie comme ailleurs, de ne pas trop y penser. »

Au-delà de ces aspects Zavala s’intéresse aussi à l’écologie et plus particulièrement à la forêt qui a même surpassé la cocaïne dans certaines régions de Colombie. Des espaces boisés sont vendus aux sociétés étrangères et les groupes paramilitaires lutent donc pour contrôler ces territoires qui représentent une manne financière non négligeable. Le gouvernement entretient cet ordre bien établi en se servant de certains groupes comme les Aigles Noirs ou le Rastrojos pour nettoyer les zones avant l’arrivée de l’armée. Les Aigles d'armée et Noirs prennent le contrôle des terres en les rachetant aux pauvres fermiers locaux à des tarifs très bas. Toute résistance est réglée par l’expulsion ou la mort des protagonistes. Puis l'armée et la police cèdent alors les terrains à des sociétés écran contrôlées par le gouvernement. Enfin ce dernier revend les concessions aux multinationales étrangères exploitant le bois. Au final c’est une gigantesque organisation qui fournit des financements importants à la guerre civile.

Le regard de Zavala :
Pour conclure je pense qu’Alvaro Zavala est vraiment doué d’un immense talent, il a un regard impressionnant qui est d'une grande maturité tant il apporte toujours un angle décalé aux sujets qu’il fige. Il reste très classique dans sa technique de prise de vue, pas de filé, ni de cadrage oblique car ses photos en noir et blanc n’ont nul besoin d’effets ajoutés. Quand on regarde les images d'Alvaro, et c'est assez rare pour être souligné, on est immédiatement saisi par les sentiments et les émotions qui transpirent des sujets que l’on découvre. Le meilleur exemple est sa célèbre photo de la militaire américaine accroupie devant un enfant qui la met en joue. Une vraie belle prise en condition de reportage avec à la fois le regard attendri et amusé d’une femme vers un enfant qui pourrait être le sien, et celui de le haine ; Celui de cet enfant qui lance un message fort à l’envahisseur. Pour restituer entièrement l’histoire et l’intensité dont est chargée cette photo prise à une centaine de kilomètres de Bagdad, il faut savoir que moins de trente minutes après cette scène, cette femme perdra la vie lors d’une embuscade Irakienne.


Pour découvrir plus d’images d’Alvaro Ybarra Zavala, je vous invite à vous rendre sur son excellent site : http://www.alvaroybarra.com/