Clive Limpkin


Une carrière brillante :
Clive Limpkin est né en 1937 en Angleterre. Depuis trente cinq ans il  a travaillé en tant que photographe pour les plus grands journaux et magazines parmi lesquels : le Daily Express, le Sketch, le Sun, le Daily Mail, le Sunday Times ou l’Observer. Après être devenu l’éditeur d'un magazine de voyages, Clive quitte le monde de la presse pour se concentrer sur la photographie de voyage et l'écriture. En 2008, « Abbeville press publishers » de New York, spécialiste en publications de livres illustrés de haute qualité, publie « Exposé sur l’Inde : le sous continent de A à Z » un livre photo qui présente plus de deux cents photographies du sous-continent. En 2013, Clive publie son autobiographie sur les années passées dans la presse nationale britannique, livre intitulé « Perdu dans la maison des reptiles ». Il y fait état de l’ensemble de sa carrière allant de sa première photographie montrant une jeune fille nue au soleil lors d’un reportage sur les nudistes, jusqu’à sa couverture des troubles en Irlande du Nord. Durant près de trente cinq ans, il n’y avait pas de tendance, pas de routine ; les journalistes vivaient au rythme des évènements, l’adrénaline était offerte par l’actualité. Il y décrit son travail de manière objective sans artifice, une vie pas toujours drôle, ni facile, une description qui est même parfois irrévérencieuse envers ce monde de l’information. Enfin en 2014 il publie « Parlez-moi de l’Amérique » un projet journalistique qui relate une centaine d'entretiens d'Américains choisis au hasard dans 45 États entre 1999 et 2000. Ils parlent de leur vie, de leurs espoirs et de l'avenir. Un enregistrement unique de vrais américains dans la vraie Amérique avant le 11 septembre, avant l’élection du premier président noir et avant la récession mondiale…

Le premier scoop :
Manquer d’être tué dans Muswell Hill, un quartier du nord de Londres, peut sembler aussi bon que de mourir n'importe où. Mais, en regardant dans le canon d'une 22 tenue par une jeune fille qui vient de blesser un policier, cela a pour effet de revoir sa vie défiler à grande vitesse. En tant que photographe freelance pour le Daily Express depuis seulement huit semaines, Clive a failli mourir ; Non pas sur un champ de bataille du Congo ou du Vietnam, mais devant une haie verdoyante de Woodland par un vendredi matin pluvieux ! Limpkin contemple le Leica qu’il vient juste de s’acheter avec l'argent du prix pour son image d’une jeune demoiselle d’honneur en train de bailler lors d’un mariage. Contemplatif devant le même boîtier que celui utilisé par Cartier-Bresson et Robert Capa, ces deux héros. Soudain un homme se précipite à l'intérieur de son hôtel et crie, « Il y a une fille avec une arme dans Muswell Hill ! ». Limpkin bondit dans les escaliers et le suit avec l’idée d’un scoop à faire… Après une petite course dans la ville, ils arrivent devant la scène objet de cette excitation. Là, une jeune fille est assise sur le bord d’une fenêtre ouverte, un fusil sur les genoux avec le doigt sur la gâchette. En bas une douzaine de policiers l’observe. Steve Davis, des « Nouvelles du Soir » est apparu avec une échelle et lui demande de la maintenir pendant qu’il grimpe. Il crie : « Je viens vous prendre en photo ! » Elle crie à son tour : « No, vous êtes des fouilles…, n’approchez pas ! » tout en mettant en joue Steve à la tête. Nous avons tous deux battu en retraite, sans quitter des yeux le canon. Quelques temps après pendant que Clive tente de calmer ses mains tremblantes sous l’émotion, Steve réapparait sur le petit balcon attenant la fenêtre où se situe la jeune fille. Il établit le dialogue, tentant de la rassurer tout se penchant vers elle. Tout à coup, il réussit à attraper le canon du fusil tout en hurlant à l’aide. La police fait alors voler la porte de l’appartement en éclats tandis que dans la confusion un tir retenti et vient ricocher sur l’une voiture de police. Un instant figé par l’émotion Clive fixai son premier scoop avec son Leica avant qu’elle ne soit traînée à l'intérieur. Idéalement, il lui aurait fallu un téléobjectif, mais son budget n’était pas encore suffisant ! Désastre total, non seulement le grand - angle du Leica réduirait l'action à une masse foule et informe. En plus Chris Smith du Sun aggrave sa déception quand il le voit avec son 400mm ! La jeune fille est conduite dans une voiture de police, et Limpkin s’assoit pour récupérer avant de retirer son film pour l’envoyer en express au développement.

Sa reconnaissance d'être toujours en vie supplantait à présent la situation de l’urgence qui l’avait poussé à chercher le scoop. Clive passe alors en revue tous les avantages à continuer d’exercer la profession ... Il ne trouvait rien de convainquant ! Il repensa également à sa mère, lui inculquant le respect absolu de l'autorité et insistant sur l’importance du droit à la vie privée. Il lui apparu alors clairement que c’était l'antithèse de toutes les qualités requises pour entrer dans le journalisme. L’idée commença dès lors à germer, il était peut être temps d’entreprendre autre chose… C’est alors le Daily Sketch qui lui offre un emploi à temps plein avec comme principale mission la réalisation de reportages de guerre. Et puis la mise en situation est venue, ce n'était pas le Vietnam, mais l'Irlande du Nord...

Les troubles de Londonderry :
Le 12 Août 1969 dans le début de l’après midi, un jeune catholique jette une pierre à un protestant à Londonderry lors d’une marche protestante qui se déroule près du Bogside. Les catholiques se barricadèrent alors en protestation à cette manifestation. Cet évènement va marquer le début de troubles en Irlande du Nord, et Clive Limpkin y était ! Pendant trois ans, il photographie les combats pour le Daily Sketch, le Sun et le Daily Mail. En 1972, son livre, « La bataille de Bogside » publié par Penguin, montre ces trois années de luttes incessantes. Ce livre est devenu le principal témoignage des combats de rue en Ulster et a remporté la médaille d'or Robert Capa pour le meilleur grand reportage photographique publié ayant requis un courage et une logistique exceptionnels.

Le jour des premières échauffourées, dans son hôtel Limpkin est alerté par des bruits dans la rue. Il sort… Et là, au milieu de tout ce raffut, un très jeune gamin catholique, porte un masque à gaz démesuré, qui manifestement en perd son efficacité pour arrêter les gaz lacrymogènes. Un cocktail Molotov dans une main, et un badge représentant une carte d’Ulster sur sa veste. Clive déclarera que s’il avait eu carte blanche pour mettre en scène un tel résumé de la situation en studio, il n’aurait sûrement pas pensé à une telle composition parfaitement iconique. Ce jour là Clive a été bénis des dieux. Peu après il se retrouve rapidement pris au piège contre un mur fasse à un groupe de protestants lui jetant des projectiles à bout portant. Il entend les bruits sourds des cailloux rebondir sur les briques du mur. Il shoote à l’aveugle tout en évitant le pire puis quand ses jambes répondent enfin à son esprit, qui lui intime l’ordre de fuir, il se met à courir. Dans sa fuite il trébuche et se retrouve tout près de l’entrée de la grille d’un jardin restée entrouverte. Il atterrit après un second bond contre le canapé de la maisonnette ; il vient seulement de se rendre compte qu’il lui manque une chaussure ! Une vieille femme apparaît avec une tasse de thé et n'arrête pas de demander quand ces cris vont finir. Clive était désorienté, il avait suffit d’une demi heure d’action pour qu’il ait en boîte un cliché qui fera le tour du monde !

Vont s’en suivre 3 jours d’émeutes à Derry, du 12 au 14 août 1969. Ces émeutes opposèrent la population catholique du quartier du Bogside à la RUC (Royal Ulster Constabulary). Cet évènement sera le point de départ d’une rivalité majeure entre catholiques et protestants. Bientôt les pierres, les gaz et les balles en caoutchouc seront rejoints par des balles réelles et beaucoup de morts. La photo de Clive sera érigée en fresque murale en 1994 pour le 25ème anniversaire de « The Battle of the Bogside », c’est à dire la bataille du Bogside, sous le nom de « The Petrol Bomber ». Cette fresque aujourd’hui connue mondialement fut considérée comme choquante par certains et incitant à la violence car elle représente un enfant avec un masque tenant un cocktail Molotov avec des fumées de gaz et les Rossville flats (immeubles de la rue principale du Bogside où se passa la majeure partie des événements).

La diversité :
Clive Limpkin est également l’auteur d’une photo marquante et étonnante, sujette à polémique qui sera également primée comme photo de l’année en 1975 (The piddler). Il s’agit de la première puissance de feu de Zissou, son fils, que sa maman, Alex, est en train de changer dans le jardin. Ce cliché aurait pu paraitre anecdotique jusqu’au moment où il fut primé et qu’un des juges a soupçonné un montage. La supercherie aurait consisté, selon lui, à avoir caché un tuyau d'arrosage en arrière plan du bébé. Mais il n’en est rien et cette image sera encore l’un des succès de notre photographe. Depuis Clive a roulé sa bosse et traîné son boitier un peu partout dans le monde : France, Angleterre, Ecosse, Malaise, Egypte, Angola, USA ou récemment en Inde... Il s’est également diversifié, dans la photographie de voyage, de sportifs, de personnages politiques ou du monde du showbiz… Ainsi on retrouve en plus de ses images de guerre, des portraits du Prince Charles, de Mme Thatcher, de Lady Diana ou de Barbra Streisand, des scènes de rue en Inde ou des images d’un mariage auquel Chuck Norris apparait à côté d’une femme montrant sa poitrine… Il a également remisé son Leica au profit d’un boîtier Canon EOS- 1Ds Mark II. Pour bien accompagner ce dernier il dispose d’un large éventail d’objectifs lui permettant de s’adapter à tous les styles de prise de vue parmi l’EF24 -70mm f/2.8L USM, l’EF28 - 135mm f/3.5-5.6 IS USM, l’EF100 -400mm f/4.5-5.6L IS USM ou l’EF300mm f/4L IS USM.

Pour voir quelques unes de ses images, rendez-vous sur son site photo : http://clivelimpkin.com/