Stanley Greene


Stanley Greene est né en 1949 à Brooklyn (New York) aux Etats-Unis. Né dans un foyer très engagés, du fait qu’il soit noir, et du contexte intellectuel dans lequel il évolue, il a gardé de ses années un engagement politique, philosophique et intellectuel, total. Il est un « punk » au profil romantique d’homme engagé jusque dans sa vie.


La musique et la guerre :

Ancien membre du groupe révolutionnaire afro-américain « Black Panthers », Stanley Greene se lance dans la photographie après sa rencontre avec W. Eugène Smith, l’un des pionniers du photojournalisme. Stanley Greene, a produit un travail immense de photographe de terrain son style était à la fois rigoureux et subjectif, professionnel et personnel. Il a commencé par suivre la scène musicale punk et new wave de San Francisco, travail qu’il a regroupé dans son livre « The Western Front ». L’univers punk-rock Californien a représenté un moment très fort de l’histoire de la musique contemporaine. Il documentait à la fois cette période tout en la vivant pleinement, à travers la drogue, la musique et son art.

Il poursuit ensuite son travail d’imagier dans la peau d’un reporter, il documente à cette occasion tous les grands conflits de ces vingt-cinq dernières années : Syrie, Irak, Afghanistan, Ukraine... Il a notamment livré un témoignage essentiel sur la Tchétchénie, il remportera d’ailleurs le prestigieux prix qui porte son nom en 2004 pour son reportage sur la guerre en Tchétchénie dont le livre « Plaie à vif » sera issu. Dans son parcours de reporter il n’aura de cesse de dénoncer les dommages collatéraux causés aux populations civiles.

En 1989, il immortalise la chute du mur de Berlin avec la célèbre photographie « Kisses to All ». Celle-ci lance sa carrière de photographe de guerre. Stanley rejoint ensuite l’agence VU en 1991. Emprisonné à la Maison blanche de Moscou en 1993, il risque sa vie lors de la tentative de coup d’Etat contre Boris Eltsine. Il réalise également des reportages dans des pays déchirés par des conflits d’origines diverses comme le Cachemire, le Haut-Karabagh, le Liban, l’Irak, la Somalie ou le Rwanda. En 2005 il se rend en Louisiane où il photographie le pays dévasté par l’ouragan Katrina, de Houston à La Nouvelle-Orléans. En 2007, il participe à la création de l’agence Noor qui affiche une ligne éditoriale pure et contemporaine, prônant un retour à l’essai photographique. Stanley Greene a reçu de nombreux prix durant sa carrière, dont le prix Katrina, Media Fellowship, le prix International Planète Albert Kahn (PIPAK), le prix W. Eugene Smith et cinq World Press.


Le style Greene :

C’était quelqu’un qui vivait personnellement chaque situation dont il témoignait. On parle beaucoup, dans le photojournalisme, d’objectivité et de vérité. Les gens qu’il rencontre et qu’il photographie le sont d’une manière très personnelle. Il n’était pas dans l’objectivité mais dans une vraie subjectivité photographique. Il apportait à son métier une implication formelle très forte et toujours humaine. Il comprenait donc le sujet car il le vivait souvent de l’intérieur. Ainsi, quand il a suivi la route de l’opium, il a lui-même vécu des expériences extrêmes avec la drogue. Un autre exemple en Tchétchénie, quand il prend la photo de la silhouette d’un homme dessinée dans la neige : c’est un travail de reporter de guerre avec une dimension poétique très forte. Dans l’un de ses derniers sujets qu’il a produits : « e-Waste », un panorama dans cinq pays sur ce que deviennent nos déchets électroniques, il a réalisé toute l’enquête, organisé son reportage et rempli des calepins de notes extrêmement précises. Un vrai travail journalistique. A côté de cela, ses photos, en noir et blanc, très charbonneuses, étaient très expressives, avec un vrai sens graphique. Même si parfois ses clichés n’étaient pas parfaits, ils comportaient toujours une vibration personnelle qui rend son travail si particulier.


Une ligne de conduite jusqu’à la mort :

Estampillé photographe de guerre, son approche a toujours été particulière ; poète, il avait une vision de la vie radicale. D’ailleurs l’homme était totalement en adéquation avec sa philosophie, il vivait à fond dans sa liberté. Il n’avait pas de maison, pas vraiment de patrie, ni d’argent, mis à part ses photos et ses appareils. Sa famille était celle de la photographie, Jean-François Leroy de Visa pour l’Image ou les gens de l’agence VU puis de Noor… Il était timide et très pudique, si bien que certains prenaient cela une attitude hautaine, mais il n’en était rien.

En 2008, Stanley Greene a révélé avoir contracté l'hépatite C, probablement au Tchad en 2007, à cause d'un rasoir contaminé. Après une cure, il va en Afghanistan où il photographie une histoire intitulée crise de toxicomanie et des maladies infectieuses. Il meurt le 19 mai 2017 à Paris, des suites de sa maladie, un cancer du foie. Fidèle à ses principes de vie, Stanley Greene n’avait pas de couverture santé, quand il est tombé malade, ses amis se sont occupés de lui trouver un appartement et une assurance afin qu’il n’ait pas à payer ses soins. Son agence s’est débrouillée pour que ses tirages soient vendus. Dans un contexte où les photographes de guerre sont de grands individualistes, tout le temps en compétition, il existe aussi une immense solidarité héritée des choses très difficiles qu’ils vivent sur le terrain. Philip Blenkinsop, Yuri Kozyrev ou Kadir Van Lohuizen ont pleuré leur ami, leur frère d’arme.


Vous vous en doutez, Stanley Greene n’a pas de site personnel, par contre, voici le lien qui lui est consacré sur le site de l’agence Noor : https://www.noorimages.com/stanley-greene


Quelques unes de ses photographies sont dans le portfolio :