Palani Mohan


Palani Mohan est né en 1967 à Chennai près de Madras en Inde et est parti vivre en Australie lorsqu'il était encore enfant avec sa famille en 1979. Sans diplôme en photographie, sa carrière a pourtant réellement débuté au journal Sydney Morning Herald en Australie en 1985. A cette époque il fait un peu de tout du sport aux nouvelles. Puis il devient photographe sportif pendant plusieurs années. En 1999 quitte l’Australie et depuis a vécu un peu partout, à Londres, à Hong Kong, à Bangkok puis en Malaisie à Malais Kuala Lumpur où il vit actuellement avec son épouse et leurs deux enfants. Ses œuvres ont été publiées dans beaucoup de magazines et journaux de réputation mondiale comme National Geographic, l'Arrière, le Temps, Newsweek ou le New York Times. Palani a reçu beaucoup de récompenses, comme le World Press Photo, ou le Picture of the Year International. Il a également publié trois superbes livres photographiques. Le travail de Palani est reconnu et justement récompensé partout dans le monde si bien qu’il est aujourd’hui représenté par le groupe de photographies de reportages Getty de New York. Ses photographes préférés sont Robert Capa, Richard Avedon, Margaret Bourke-White, Robert Mapplethorpe et  Dorothea Lange. Les seules retouches qu’il apporte à ses photos sont le gommage des poussières qu’il ne peut voir sur son capteur.

Palani utilise la photographie comme le moyen de raconter des histoires sur des endroits divers d’Asie. Il couvre des sujets variés en couleur et en noir et blanc, ses monochromes étant pour moi de véritables merveilles, et surtout ses reportages animaliers d'où la raison de sa classification en photographe animalier. Mais sa palette d’intervention est très large, il s’intéresse à tout : la condition des animaux (« Eléphant d'Asie, un géant menacé », « Les chasseurs de baleines de Lamalera », « Chameaux »), les civilisations lointaines (« Les fauconniers Kazakhs et leurs oiseaux de proie de Mongolie »), les corporations (« Les tireurs de rickshaw de Calcutta », « Les lutteurs de boue rouge de Kolhâpur »)… Si bien que ses travaux se caractérisent par plusieurs dimensions sociales, culturelles et informatives. Il est aujourd’hui l’un des meilleurs reporters photographiques avec une grosse attirance pour des sujets traitant de la nature et des animaux. Dans ce qui suit, je vais vous présenter cinq de ses principaux projets en images et vous en parler bien sûr.


Eléphant d'Asie, un géant menacé :

Il s’agit d’un recueil d'images captivantes en noir et blanc, des clichés intrigants et parfois provocants. Palani Mohan a consacré de nombreuses années à étudier cet animal qui n'a jamais été autant menacé, alors que ses cousins d'Afrique, si protégés, prospèrent. Pour réaliser ce reportage très complet et documenté, Palani a voyagé dans 11 pays sur une période de six ans. Cet ouvrage est bien plus qu'un simple livre de photos sur les éléphants, il raconte l'histoire de deux espèces, l'éléphant et l'être humain, qui partagent un même habitat. Une histoire d'amour mais aussi de guerre, un passé mêlant attirance et animosité, un constat amer sur les difficultés de leur cohabitation. A travers toute l'Asie, une relation d'amour et de haine semble s'établir lorsqu’éléphants et humains coexistent. Ce puissant animal est vénéré mais avili. Ce livre fera découvrir l'éléphant en tant que fidèle compagnon, bête de somme, esprit libre, divinité, protecteur du troupeau et nomade solitaire, une icône à travers toute l'Asie.


Les fauconniers Kazakhs et leurs oiseaux de proie :

Il y a une vingtaine d’années Palani Mohan entend parler pour la première fois des nomades Kazakhs par un collègue qui lui montre quelques images de ces fauconniers. Ces photos avaient été exposées lors d’un festival tenu dans le Bayan en Mongolie, un événement qui est l'attraction touristique principale de la région. Palani a pour sa part des plans plus ambitieux que de faire des photographies de ce peuple pour se montrer à un festival. Il veut s’imprégner de la vie de ces chasseurs, passer du temps dans leurs maisons, échanger avec eux. Un projet ambitieux qu’il garde dans un coin de sa tête durant vingt ans. Etant aujourd’hui connu et son métier reconnu, l’exigence du photographe pour son art le pousse à enfin entreprendre cette expérience qu’il souhaite mener depuis si longtemps. Il décide enfin de réaliser cette chronique tant espérée de la vie des chasseurs d'aigle Kazakhs en Mongolie occidentale. Une expérience qu’il lui laisse aujourd’hui les souvenirs de températures extrêmes d'hiver qui coïncide avec la saison de chasse (-35°), de nuits inconfortables passées dans les maisons en pierre brutes et d’un régime alimentaire fait exclusivement de yak et de viande de cheval qui lui a fait perdre plusieurs kilos. Un autre souvenir lui reste, c’est celui de la protection de son équipement contre le froid, un défi constant : « J'ai dormi avec les batteries sous les bras pour les garder chaud. Quand je travaillais, j'avais sur moi tant de couches de vêtements, que je pouvais à peine me déplacer… » Mais ce qui lui reste en tête, c’est le souvenir incroyable d’avoir vécu comme ce peuple nomade qui suit les traditions depuis des centaines d’années. Une expérience riche et incomparable qui laisse à jamais des traces et qui façonne l’homme !

Armé de serres tranchantes comme des rasoirs, d’une vue aiguë et d’une envergure d’environ deux mètres de haut, les aigles royaux sont les rois des prédateurs. Ils sont les seuls à pouvoir endurer les températures rudes de l'hiver mongol, car c'est à cette période de l’année que la proie préférée des chasseurs, le renard Corsac à la fourrure rougeâtre, se détache le mieux sur la neige. Les aigles sont aussi capables de parcourir rapidement des distances énormes, ce qui en fait les meilleurs chasseurs de renards. Ils peuvent plonger aux vitesses de 280 km/h. La formation des oiseaux est la partie la plus dure du processus, les chasseurs forment en moyenne une douzaine d'aigles avant d’en trouver un approprié à la tâche. Palani Mohan a réalisé un reportage incroyable de beauté, montrant la vie des chasseurs, leur environnement rude, leurs maisons, leurs coutumes… Mais surtout, il présente dans ce projet en noir et blanc le lien d’amour et de complicité qui existe entre les fauconniers et leurs aigles. D’ailleurs il y a des obligations entre l'homme et l'oiseau qui sont plus fortes que celles qui existent entre mari et femme, selon un vieux proverbe Kazakh. Enfin ce reportage prend toute sa dimension quand on sait que chaque année, environ 70 chasseurs abandonnent la chasse traditionnelle et que les jeunes ne s’intéressent plus à cette chasse. C'est une tradition appelée à disparaître que Palani à figé sur la pellicule.


Les tireurs de rickshaw de Calcutta :

Il y a plus de 18 000 rickshaw dans Calcutta ! Palani Mohan décrit dans ce reportage la condition humaine de ces bêtes de somme qu’il présente comme « des chevaux humains » qui travaillent jusqu’à parfois 18 heures par jour ! Ces hommes transportent gens et marchandises pour un salaire de misère. Le gouvernement Indien a d’ailleurs voulu interdire l’exercice de ce travail inhumain et barbare. Mais il s’en est suivi une véritable révolution, des protestations et des émeutes parmi les acteurs de la profession. Il faut bien avoir à l’esprit que ce travail permet, malgré tout, la survie d’une grande partie des plus pauvres de la ville. Le plus souvent les tireurs de rickshaw sont des Biharis, qui viennent à Calcutta pour gagner de l'argent et l’envoyer à leurs familles dans le Bihar. Ils louent leur rickshaw et chaque course leur laisse une infime somme pour se nourrir et subsister au besoin des leurs. Ainsi ils doivent travailler toujours plus pour gagner presque rien, leur existence est misérable mais cela reste le seul et unique moyen qu’ils aient pour survivre. Pour décrire cette vie, Palani a travaillé, sur de la photographie posée en gros plans serrés en insistant sur des éléments de détails de l’univers des Rickshaw Man (Roues rongées par l’usure, sièges défoncés, plaque rickshaw, mains et pieds des hommes chevaux…) Une série émouvante et touchante mais aussi  très étonnamment un travail qui magnifie l’homme, sujet central, en une sorte de surhomme beau et superbe. Une qualité et un piqué soignés qui en font l’une des séries a absolument connaître de l’artiste !


Les couleurs de l'Asie :

En mai 2012 la galerie « Picture This » de Hong Kong proposait l’exposition « A Rush of Colour », constituée des photographies du Festival Holi en Inde, réalisées entre 2008 et 2011 par Palani Mohan. En Inde, le festival Holi célèbre la fin de l’hiver, le triomphe de la nature sur le froid, du bien sur le mal. C’est un rituel qui date de plus de 2000 ans. Il existe plusieurs versions de l’origine de ce festival, mais elles s’accordent toutes sur une légende racontant que le dieu Krishna se plaint à sa mère du contraste entre son teint sombre et celui toujours pâle de sa soeur Radha. La mère décide donc de mettre de la couleur sur le visage de sa fille, acte que reproduisent les Indiens depuis des siècles en jetant en l’air des poudres de couleur. Holi est une fête née dans le nord de l’Inde, mais qui s’est étendue au fil des années. Elle est même célébrée par des non-hindous aujourd’hui. L’épicentre du festival est Vrindavan, une ville sainte à trois heures de Delhi.


Les lutteurs de boue rouge de Kolhâpur :

Les Lutteurs de boue rouges sont formés dans une école de lutte de Kolhâpur en Inde. Le « Kush » est une version antique de lutte, qui date d’environ 3 000 ans. Il est originaire d’Inde et s'est répandu en Iran et dans le Moyen-Orient. Il est toujours pratiqué dans les poches de l'Inde mais Kolhâpur à l'ouest de l'Inde est aujourd'hui le centre principal de cet art, où tous les meilleurs combattants et entraîneurs sont concentrés.


Pour conclure je vous livre cinq astuces essentielles selon Palani qui font un bon photographe animalier et de nature : 

  • La patience.
  • Penser à ce que l’on fait et pourquoi.
  • Ne pas se laisser emporter par les possibilités de post traitement offertes par Photoshop et d’autres applications.
  • Obtenir la bonne image directement de l'appareil photo. Les professionnels de l’image voient en quelques secondes, l’authentique d’un cliché. Un photographe n’est pas un artiste numérique.
  • Faire des recherches et passer du temps avec les gens et les animaux que vous allez photographier permet d’obtenir un meilleur résultat.


Voici le site de Palani Mohan, une pure merveille : http://www.palanimohan.com/


Quelques unes de ses photographies sont dans le portfolio :