Wolf Ademeit


Le photographe allemand Wolf Ademeit capture des portraits expressifs d’animaux de zoos. Plutôt que de se concentrer sur les espèces sauvages dans leurs habitats naturels, il préfère s’attacher au charme et à la personnalité des expressions faciales de ses sujets dans un milieu créé par l’homme et nous offre une série fabuleuse d’animaux en captivité. D'ailleurs sans connaître les conditions et les lieux de prises de vues il serait quasiment impossible de le deviner, pas de grille, pas de vitre épaisse, pas d’enclos, non rien de tel n’apparaît sur ses images. Il nous présente un certain nombre de portraits monochromes pris de très près et dont le modèle est isolé sur un fond noir. Cela a l’avantage de faire ressortir l’animal du contexte et du lieu, mais aussi et principalement, de faire que le spectateur rentre instantanément dans les yeux, le visage, la gueule, la fourrure, les plumes ou les écailles de ces bêtes. La posture, le comportement et l’humeur des animaux sont eux aussi mis en avant et deviennent les principaux sujets au même titre que le faciès lui même. Le vaste portfolio de Wolf Ademeit devient un vrai dilemme quand on doit opérer une infime sélection parmi l’ensemble. En effet, tout est beau, il n’y a rien à jeter, chaque cliché exprime quelque chose de différent que le précédent, et le suivant sera lui aussi une vraie découverte, quand bien même il met en scène un spécimen déjà photographié.


Les modèles presque humains :
Malgré le danger que représentent beaucoup des animaux que Wolf photographie, il révèle dans ses images un large éventail de leurs personnalités. Ainsi, force, brutalité, amour, tendresse, douceur ou amusement sont passés en revue à tour de rôle. Certains clichés dévoilent des bêtes féroces exquises, d’autres des fauves tendres, plus loin des pachydermes gracieux ou encore des cervidés aériens. Ce photographe partage avec nous grâce à ses modèles une immense gamme d'émotions. Il nous offre des rictus incroyables, des grimaces amusantes, des rugissements féroces, de tendres baisers, des liesses effrénées ou des jeux naïfs selon l’instant et le sujet qu’il fige. Ses photographies ne tiennent jamais compte des habitudes de vie ou des situations réelles que l’animal a dans son milieu naturel. Wolf ne se laisse jamais influencer par de tels à priori. Il pourrait se dire, « C’est un lion donc il doit avoir l’air féroce, il doit courir ou chasser…» et bien non ; Il est en cage et reste couché presque toute la journée ! Peu importe, il sera tel qu’il est dans cet endroit exigu, mais il va transmettre les émotions de la situation qu’il vit. Par conséquent, les images de Wolf Ademeit deviennent une sorte d’élégie du monde animal qui disparaît de manière tragique chaque jour de plus en plus.


Une orientation artistique :
Au-delà de la simple empreinte sur du papier photo, Ademeit fournit surtout une représentation artistique d’animaux comme on peut la rencontrer dans la spécialité réservée au portrait humain. Pour lui son travail va bien au-delà de la simple fonction documentaire dont les photographies animalières sont généralement qualifiées. Wolf est convaincu que son œuvre peut être comptée au rang de photographie artistique. En introduction sur le site de l’artiste on peut lire le fond de sa pensée ainsi résumée : « La plupart des photographes animaliers concentrent leur travail en général sur la présentation d’animaux sauvages dans leur environnement. Seuls quelques uns utilisent la photographie d'animaux de zoos comme une forme d'art. » Pour ma part je pense que contrairement à la photographie de la faune sauvage en milieu naturel, celle qui est réalisée dans les zoos, permet d’avoir une approche artistique plus aisée. Effectivement, l’espace est réduit, l’animal est plus facile à approcher, il y a sûrement beaucoup moins de danger et il est également plus simple d’obtenir la bonne image. Si on revient le lendemain, ou quelques jours plus tard, on est pratiquement certain que le modèle sera toujours là, et peut être qu’il sera plus coopératif à son insu pour fournir l’image rêvée ? Bon cela dit la situation a le désavantage je pense d’induire chez le modèle un comportement artificiel et par là même peu naturel. Soyons honnêtes, en regardant les images de notre ami allemand, je n’ai vraiment pas cette impression (Rires !)


Les techniques de prise de vue :
En tant que photographe animalier il faut beaucoup de chance et surtout de patience pour attendre la position idéale de l’animal. Il faut également être toujours prêt afin de déclencher au bon moment. Le court instant attendu ne se produisant quelques fois que toutes les quatre ou cinq heures. Ce fragment de seconde qui va faire qu’il faut être au top et prêt à figer l’ultime instant éphémère au juste moment.  Pour atteindre cette perfection, Wolf ne travaille pas la plupart du temps en mode rafale, il préfère être à l’origine des images et obtenir ce qu’il recherche. Il élimine ainsi un facteur chance que l’appareil, pour un amateur, peut parfois procurer. Ainsi en se privant de cette fonctionnalité, patience et chance sont encore plus nécessaires, vous pouvez le comprendre facilement. Cela fait une grande différence, si les yeux, les oreilles, la tête et le corps ne sont pas dans la position que vous attendez. De manière identique à la photographie studio, Wolf recherche la position dans laquelle l‘animal est présenté sous son meilleur angle, en ce sens, sa technique est très similaire à la démarche de prise de vue de portrait. Pendant les séances Ademeit est concentré uniquement sur l'animal et sur sa position ; C’est sûrement ce qui rend ses photographies si impressionnantes ! Pour réaliser la série en question et être au plus près de ses sujets, il a toujours travaillé avec un boîtier Sony (A100, A700 et A900) par contre toute la série est faite avec le même objectif, le Sigma 50-500mm.


Le traitement des images :
Il lui a fallu 5 ans à Wolf pour terminer cette série d'animaux. Pour l’intégralité de ce projet, il a appliqué et suivi des règles strictes concernant la taille, le fond noir et bien sûr le traitement noir et blanc. Toutes les photos sont prises dans le même but, celui de pouvoir intégrer dignement la dite série. Les règles d’or d’une série digne de ce nom étant, je vous le rappelle, harmonie, uniformité et cohérence de la forme et du fond. Ainsi, pour garder une marge de manœuvre de recadrage éventuelle, Ademeit monte ses compositions avec un peu plus de marge de pourtour que nécessaire. Son format d’image pour la capture est toujours le RAW, ensuite il travaille sous Lightroom pour le passage au noir et blanc ainsi que pour la création du fond noir, enfin il bascule vers Photoshop pour le redimensionnement. Vous l’aviez remarqué, pour le traitement de l’image, il assombrit toujours toutes les parties de l'image qu’il juge superflues à une bonne lecture. En terme d’ajustement des contrastes et de la brillance, une fois sous Photoshop, Wolf a déclaré avoir recours aux filtres Topaz et NIK. Enfin les derniers réglages de finition et de renforcement de netteté se font également sur l’image finale une fois à la bonne taille. Wolf a avoué, lors d’une interview, ne jamais utiliser de réglage automatique ou prédéfini, chaque action est faite manuellement selon la particularité de l’image traitée.


Je ne saurais trop vous conseiller de vous rendre sur le site de Wolf Ademeit  qui est pour moi au même titre que Nick Brandt, Rudd Peters ou Laurent Baheux l’un des rois de la photographie animalière monochrome http://www.wolfademeit.de/