Michael Kenna


Michael Kenna est issu d’une famille d’origine irlandaise, il est né en 1953 à Widnes, une petite ville industrielle du nord ouest de l’Angleterre. Il étudie la photographie  publicitaire, ainsi que celle de mode et de reportage à la Banbury School of Art puis au London College of Printing. Il débute sa carrière de photographe par des travaux publicitaires. Son intérêt pour une recherche plus artistique s’éveille lors d’une exposition dont Bill Brandt, photographe et photojournaliste anglais, est le commissaire. L’artiste reconnaît l’influence capitale de ce photographe sur son travail. Michael vit actuellement aux États-Unis, à Portland, dans l’Oregon.

Voyages, voyages :

En sa qualité de voyageur photographe, Michael est le digne héritier du « Grand Tour des artistes », qui était un rituel d’acquisition de connaissances par le voyage. Il s’agissait d’une expédition de 2 à 3 ans initiée par les anglais au XVIe siècle qu’accomplissaient les élites européennes à travers le continent, notamment en Italie. Effectivement, depuis plus de 30 ans Kenna parcours le monde à la recherche de paysages emblématiques pour réaliser des photos minimalistes en noir et blanc avec des temps de poses pouvant aller jusqu’à 10 heures qui lissent l’eau et le ciel. Il a réalisé durant ces années et encore aujourd’hui une œuvre personnelle à l’esthétique toute particulière consacrée exclusivement à la représentation de paysages. Des endroits connus de tous et d’autres moins « médiatiques » deviennent les terrains de jeu du photographe, expérimentant le caractère énigmatique qu’engendrent ses longues expositions souvent prises à l’aube ou au crépuscule. Ce grand voyageur visite plusieurs fois les mêmes pays afin de construire son œuvre, de la façonner et de la compléter. Chaque image vient se greffer à un puzzle qu’il réalise tranquillement au fil du temps. L’œuvre de Michael n’est liée à aucun souci d’exhaustivité, c’est un parcourt du monde qui emprunte des chemins fantaisistes, selon ses envies, ses humeurs et les opportunités rencontrées. C’est une approche très compulsive assimilable à celle d’un collectionneur. Bien que l’ensemble de son travail soit superposable à son histoire intime, il n’est pas représentatif d’un territoire, d’un thème majeur ou d’une époque, il semble même détaché de toute notion temporelle. Ajoutons à cela qu’aucun pays ne l’indiffère : Chine, France, Thaïlande, Brésil, Japon, Egypte, Italie, Etats-Unis, Maroc, Corée, Sénégal ou Norvège… il opère dans tous les climats, tous les reliefs. Il aime la mer, la terre, la montagne, les nuages, les rivages, le brouillard, la neige ou le sable… Mais il affectionne surtout le vent avec qui il met la nature en scène grâce au mouvement qui balaye les imperfections du monde réel pour recentrer ses sujets sur un état d’esprit, une façon de penser. Son œuvre, il la construit par grands chapitres, des projets à long terme, qui peuvent lui demander plusieurs allers retours vers des destinations qu’il a déjà photographiées.

Ses études :

Tirant lui-même ses épreuves avec une obstination et une exigence sans concession, Kenna pousse la photographie jusqu’à lui conférer un aspect pictural. Ses images offre plusieurs niveaux de lectures grâce à des compositions volontairement minimalistes, il préfère la suggestion à la description. Il a aussi l’incroyable faculté d’assimiler la photographie à différentes techniques picturales. Ses temps de poses choisis permettent aux arbres de devenir des traits de pinceaux, la neige représente un support graphique comme la page blanche d’un dessinateur ou la partition d’un musicien, la brume chargée de nuances de gris lui permet d’y décliner différentes intensités de tons. Il s’impose comme le digne héritier de la tradition esthétique et photographique anglaise, il s’inscrit également dans la foulée des peintres paysagistes impressionnistes. Il invite le spectateur à une expérience sensorielle à travers laquelle on se plonge dans l’univers d’une photographie où les éléments fusionnent, se choquent ou se dévoilent. Dans ses compositions rigoureuses, la présence humaine s’inscrit souvent de façon fantomatique. On y voit rarement la représentation de l’homme en tant que telle, mais plutôt les traces que sa vie et son activité laissent. Par exemple le passage d’une péniche en Russie, celui d’un avion en Georgie des sculptures au Sénégal, une pelleteuse en Allemagne ou des monuments en Egypte… La constante dans son travail étant que ces vestiges humains s’inscrivent toujours dans un paysage urbain ou naturel.

Au-delà de la façon de collectionner ses images, Kenna apporte à chacune d’entre elles une grande précision dans le titre (Nom du lieu, pays, date), ce qui correspondrait plutôt à une légende de photoreporter ou de photojournaliste. Sauf qu’il ajoute aussi quand cela s’impose la notion d’étude (Study) qui fait clairement référence à la peinture, et qui, intronise le caractère partiel de chaque cliché. Il convient donc de considérer chacune de ses prises de vue comme un élément utile et indispensable à la bonne compréhension de l’ensemble qu’elles forment. La multiplicité des points de vue est un moyen de présenter un sujet de la manière la plus complète possible sans se prétendre pour autant être exhaustif sur celui-ci. Encore une fois, j’en parlais plus haut, nous pouvons aisément rapprocher cette méthode de travail à celle des carnets de dessins qui accompagnaient les voyageurs du Grand Tour où se mélangeaient ébauches, essais, esquisses et croquis autour d’un même thème.


Je vous recommande l’exposition virtuelle 2010 sur le site de la BnF sur ce très grand photographe : http://expositions.bnf.fr/kenna/index.htm et bien sûr de vous rendre directement sur le site de Michael Kenna : http://www.michaelkenna.net/