Joan Colom


Joan Colom i Altemir est un photographe autodidacte de rue espagnol qui est né à Barcelone en avril 1921. Après des études de comptabilité et après son service militaire, il devint comptable dans une entreprise où il restera jusqu’à sa retraite. En 1956 alors âgé de 35 ans il achète un appareil photo pour pratiquer le week-end. Mais il s'initie réellement à la photographie un an plus tard, au sein du groupe catalan l'Agrupació Fotogràfica de Catalunya (AFC) de sa ville natale dont il est devenu membre. Colom devient réputé pour ses portraits de la pègre et de la classe ouvrière catalane, en particulier ses images prises dans le tristement célèbre quartier du Raval puisqu’il habite à la lisière du Barrio Chino.


L’âme du Raval :

Chaque samedi et chaque dimanche, l'obstiné comptable abandonne femme et enfants pour venir capturer l'incessante activité du Raval. C’est un quartier délabré, une population que les gens « respectables » ne côtoient pas. Egalement connu sous le nom de « Barrio Chino » (quartier chinois) ou de « Barri Xino », ou encore de « Raval », ce quartier fascine notre photographe du week-end. Pour Colom cette activité devient plus qu'un passe-temps, c’est une évidence : « En y allant, j'ai su que je n'avais pas le choix et que je devais y revenir, encore et encore, pour prendre des photos. Il y avait des lieux et des gens si divers, qui n'existaient nulle part ailleurs. C'était un vrai théâtre social ! »

Il erre parmi les prostituées, les travestis, les passants et les enfants de ce quartier rendu célèbre par Jean Genet dans son « Journal du voleur » de 1949. Un lieu de vices et de fantasmes en plein cœur de la ville que l'Espagne de Franco, marquée par le puritanisme, prétendait ignorer… Cela dit, jamais voyeur, il parvient à montrer la vie dans la rue sans vulgarité ni misérabilisme, ce qui constitue une véritable prouesse vu l’époque, le matériel et les conditions de prise de vue. Tandis que les photographes espagnols « officiels » se cantonnent à des sujets académiques, Colom dévoile, à la façon d'un Brassaï, les dessous d'un monde interdit. Ses photos en noir et blanc témoignent de la vie d'un quartier méprisé par la société franquiste de l'époque. Contre cette indifférence, Joan Colom impose son regard fasciné par un univers libre et vivant aujourd'hui disparu.


Le procédé Colom :

De 1958 à 1961, Joan parcourt les ruelles de cette cour des miracles où se mélangent des familles dans la misère, des prostituées, des voleurs et des proxénètes. L'appareil photo au bout du bras pour ne heurter personne, il prend à la volée ses clichés de jambes féminines, de silhouettes qui attendent le client, moulées dans des jupes serrées, dans l'encoignure d'une porte. Joan Colom a mis au point une technique dans les années 1950 pour photographier les Barcelonais sans qu'ils s'en aperçoivent. La courroie enroulée autour du poignet, l'appareil au bout du bras, à hauteur de cuisse, il pointait son Leica vers sa victime tout en regardant ailleurs : « Je faisais semblant de bâiller et clac, je déclenchais. Je ne changeais jamais ni l'objectif, ni l'ouverture, ni la vitesse. Mais, avec l'habitude, je savais exactement où me mettre et comment viser. J'avais l'œil au bout du doigt. » Avec ce procédé filou, Joan va arpenter durant presque 3 ans le quartier bohème et sulfureux du Raval, dans le vieux centre de Barcelone, sans jamais être vu, ni inquiété. Une fois rentré chez lui, il développe ses photos, les remet d'aplomb et les recadre avec soin. On peut d’ailleurs parfois voir plusieurs tirages d’un cliché. Puis il les rangeait car son seul but de collectionneur était de les mettre dans son tiroir. Puis un jour poussé par ses amis, il finira par les sortir du noir du fond de son tiroir par les exposer…


Un homme très primé :

En 1960 il cofonde le groupe d'artistes El Mussol (Le hibou). Il expose en 1961 une première sélection de son œuvre la plus importante : un reportage pionnier réalisé selon la technique de la caméra cachée dans le quartier populaire d'El Raval. En 1962, il est présenté à Paris avec les autres photographes Xavier Misserachs et Oriol Maspons dans le cadre du mouvement « New Avantgarde », fortement inspiré des maîtres Brassaï, Català Roca, Cartier-Bresson et Man Ray.

En 1964, les éditions Lumen choisissent une partie de ses images pour illustrer un texte de Camille José Cela, futur Prix Nobel de littérature. Quarante ans plus tard, cet ouvrage, intitulé « Izas, rabizas y colipoterras » (Grues, escaladeuses et escamoteuses) est devenu légendaire. Joan Colom, lui, est furieux car seules des photos des prostituées ont été retenues, alors qu’elles ne représentaient qu'une infime partie de son travail. Ce livre a été fait dans des conditions très limites sans son accord.  De plus, lors de sa sortie le succès de l'ouvrage est mêlé de scandale. Une prostituée qui se reconnaît, intente un procès, avant de se rétracter. Mais Joan Colom blessé abandonne la photographie et occupe désormais ses week-ends à jouer au tennis. Il ne reprendra l'appareil qu'à sa retraite… Ses images du Barrio Chino, tombées dans l'oubli, ne seront finalement redécouvertes qu'au début des années 2000 en Espagne. Au moment même où la rénovation urbaine donne au quartier du Raval un tout nouveau visage.

En 2002, il a reçu le prix national de la photographie du ministère espagnol de la Culture, ainsi que la médaille d'or du mérite culturel décernée par la mairie de Barcelone, le prix national des arts visuels décerné par la Generalitat de Catalunya et le Creu de Sant Jordi en 2006. En 2011, le Musée national d'art de Catalogne (MNAC) reçoit de l'artiste une partie de son matériel photographique. La Fondation Cartier-Bresson à Paris présente 85 de ses beaux tirages d'époque, d'incroyables images en noir et blanc bourrées de vie et d'énergie, pleines de regards explicites, de poitrines opulentes et de fesses rebondies !

Il meurt le 3 septembre 2017 à Barcelone âgé de 96 ans ! Voici un site qui présente quelques images de Joan Colom : http://www.artnet.fr/artistes/joan-colom/ vous pouvez également le retrouver sur le site de la Fondation Cartier-Bresson https://www.henricartierbresson.org/expositions/joan-colom/


Quelques unes de ses photographies sont dans le portfolio :