Chris Killip


Britannique hybride et catholique Chris Killip est un photographe né en 1946 à Douglas (Île de Man). Ces racines insulaires lui procurent un rapport particulier avec la mer, dont il dit : « Il ne faut pas aimer la mer, car elle ne vous le rend pas, elle reste indifférente ». C'est en regardant des photos du Tour de France, dans Paris Match, qu'il tombe sur une image de Cartier-Bresson, en 1954. « Un garçon en culotte courte, une bouteille dans chaque main, rue Mouffetard, cette photo a changé ma vie... j'ai commencé comme photographe de plage, et le soir je shootais des couples sur la piste de dance des hôtels ». Il commence la photographie à dix-sept ans et devient l’assistant à Londres du photographe publicitaire Adrian Flowers. Inspiré par le travail des Américains Paul Strand et Walker Evans, et des Européens Bill Brandt, August Sander et Robert Frank, il revient en 1969 sur son île de naissance, dont le nouveau statut de paradis fiscal bouleverse la culture et les modes de vie ancestraux. Il capture alors les visages, les paysages, pleins d’âpreté et de grâce, à l’image d’un monde apparemment immuable, sur le point de basculer.


Membre fondateur de la Side Gallery à Newcastle upon Tyne en 1976, Chris Killip se jette dans son temps, une époque instable et chaotique où il va s’immerger pendant vingt ans dans les communautés du nord de l’Angleterre : Huddersfield, Lynemouth, Skinningrove. Dans la photographie anglaise, il est l’un des maillons forts, engagé sans pour autant être cynique, ses photos en noir et blanc sont d'une grande élégance. Admirateur de Weegee, Killip prend parfois ses scènes au jugé et au flash, l'appareil autour du cou… Mais il a aussi le courage de l’anticonformisme, en témoigne cette photo d'un homme sans tête en godillots aux lacets défaits, symbole de cette fin des années 70. « Je l'ai proposée pour une exposition sur le portrait au musée de Hanovre. On me l'a renvoyée en me disant qu'un portrait, selon la définition du dictionnaire, c'était un visage. Mais elle a fait ensuite la couverture d'un livre de Samuel Beckett, L'expulsé », glisse-t-il avec une pointe de fierté.


Faisant corps avec cette région, ses paysages, sa topographie, ses habitants, il devient le chroniqueur de la désindustrialisation et de la confrontation, souvent très brutale, d’une classe ouvrière britannique avec une politique économique hostile. Ses images en noir et blanc, pour la plupart faites en format 4 × 5, sont maintenant reconnues comme étant parmi les dossiers visuels les plus importants de la vie en Grande-Bretagne pendant les Années 1980. En 1977, il devient commissaire d'exposition et conseiller à la Side Gallery de Newcastle, galerie dont il sera le directeur durant presque 2 années.


Killip a remporté de nombreux prix parmi lesquels le second Prix Henri Cartier-Bresson, pour In Flagrante. Depuis 1991 il travaille à l'Université de Harvard, dans le Massachusetts, où il est professeur d'études visuelles et d'images de l'environnement.


Le site de Chris Killip est ici : http://www.chriskillip.com/