Frank Horvat


Frank Horvat est né en 1928 à Abbazia, de parents médecins, juifs et originaires d'Europe Centrale. Son œuvre est éclectique, allant du photojournalisme au paysage et au portrait, en passant par la photographie de rue et des essais sur la nature et la sculpture. Horvat n’a jamais apprécié les frontières il vit successivement en Suisse, en Italie, au Pakistan, en Inde, en Angleterre et en France, à Paris puis à Boulogne, où il s'installe à la fin des années 1950. Il entreprend ses premiers voyages photographiques : Inde, Pakistan, Israel, Japon, Egypte, Etats-Unis ou plus proche de lui, Angleterre et Italie.


C’est dans les bureaux de Magnum, à Paris, en 1950, que Frank Horvat rencontre Henri Cartier Bresson, à qui il va montrer ses premières images réalisées au Rolleiflex. HCB retourne alors les épreuves à l’envers et lui dit sans détour et sans diplomatie : « Vos yeux ne sont pas sur votre ventre, vous n’avez rien compris. Allez au Louvre et regardez les peintures de Nicolas Poussin pour savoir ce qu’est la composition. » Il comprend ce que veut lui expliquer le maître. Bresson le détermine à adopter le Leica et à entreprendre un voyage de deux ans en Asie, en tant que photojournaliste indépendant. Les images en noir et blanc qu'il y réalise lui valent ses premiers succès, notamment la participation à l'exposition « The Family of Man », au Moma de New York. Avec le temps et l’expérience il nuancera cependant son avis sur les deux écoles, et dira cette magnifique phrase : « Doisneau disait que le Rolleiflex donnait une attitude humble face au sujet en obligeant le photographe à s’incliner. Avec le Leica, vous êtes un chasseur, qui le met inévitablement dans sa ligne de mire. »


A partir de 1957, il applique son expérience de reporter à la photographie de mode, avec un style plus réaliste et moins guindé que celui des magazines de l'époque. Car Frank Horvat est d’abord un photographe connu pour ses images de mode, et reconnu pour leur réalité. Comme son contemporain William Klein, il a été l’un des premiers à confronter les modèles à la rue, à la foule ou à l’authenticité des intérieurs d’appartements. Plus par nécessité que par conviction. A l’époque, il ne sait travailler qu’en 24 x 36 et ne possède pas de studio. En appliquant ses talents de reporter à la mode, il va bouleverser les codes et les règles établies en rendant folles éditrices et stylistes. « Je m’intéressais beaucoup aux filles, narre-t-il, je voulais montrer ce que j’aimais en elles. Quand elles passaient deux heures au maquillage, je les pressais de l’enlever pour qu’elles soient plus naturelles. » Ses publications dans ELLE, Vogue et Harper's Bazaar, en Europe comme aux États-Unis, influenceront durablement le genre. Mais ses activités sont mal vécues et lui attirent les foudres de Cartier-Bresson notamment, pour qui le mélange des genres est du pastiche. Frank Horvat intègre en 1958 l’agence Magnum qui lui prend 50% de ses revenus, mais il n’y restera que trois ans…


Les années entre 1965 et 1975 sont une période de crise pour les magazines d'actualité et leurs photographes. Qu’importe, il suit sa voie et produit notamment une série au téléobjectif dans Paris qui sera publiée dans Camera par Romeo Martinez, le premier rédacteur en chef emblématique de la revue suisse. A partir de 1976, il retrouve un nouvel élan avec trois essais photographiques en couleur entrepris sans commande, destinés à des expositions et à des livres. « Portraits d'arbres », « Vraies Semblances » et « New York » sont trois projets presque simultanés, à la fois divergents et complémentaires. Horvat les considère comme « son triptyque ».


En 1985, Horvat, souffrant d'une affection des yeux, passe temporairement de la photographie à l'écriture, avec un recueil réalisé avec d'autres photographes (Édouard Boubat, Robert Doisneau, Mario Giacomelli, Josef Koudelka, Don McCullin, Sarah Moon, Helmut Newton, Marc Riboud, Jeanloup Sieff et Joel-Peter Witkin). Les années 1990 le conduisent à une rupture encore plus radicale, par l'utilisation de l'ordinateur et des manipulations qu'il permet. Dans Le Bestiaire et Les Métamorphoses d'Ovide, Frank Horvat explore un territoire entre la photographie et la peinture – une recherche qui suscite autant d'objections que d'acclamations, et que lui-même abandonne par la suite, pour se limiter à des interventions plus subtiles, que seul l'ordinateur permet, mais qui restent dans le registre de l'instant décisif. Quoi qu'il en soit, ces expériences sont en avance sur leur temps et aussi innovatrices que l'avait été l'utilisation des techniques du reportage pour la mode.


En 1996, Frank Horvat, changeant encore une fois de sujet, applique les possibilités du numérique à une documentation sur la sculpture romane, publiée en 2000 avec un texte de l'historien Michel Pastoureau. Ses deux projets suivants, 1999 (le journal photographique d'une année) et La Véronique (les 30 mètres autour de sa maison en Provence), sont considérées par Horvat comme ses contributions plus personnelles à la photographie. Le premier obtient un assez large retentissement, le deuxième reste relativement confidentiel…


La vie de Frank Horvat a été jalonnée de haut et de bas, de célébrations et de critiques, son éclectisme lui ayant parfois valu l’indifférence, mais il dit n’avoir qu’un seul regret : celui de n’avoir pas pu photographier Milan en ruines à la sortie de la 2e Guerre.


Je ne saurais trop vous recommander la visite de son site et de parcourir le cheminement de sa carrière par année et par style photographique http://www.horvatland.com/WEB/main.htm