Henri Cartier-Bresson


La photographie, l’art de sa vie :

Henri Cartier-Bresson est un photographe français né en août 1908 à Chanteloup-en-Brie. Après des études de peinture en 1927-1928 au cours d'André Lhote, rue d'Odessa, dans le quartier du Montparnasse, et une fréquentation des cercles surréalistes parisiens, il décide de se consacrer à la photographie. C'est à 23 ans, en Côte d'Ivoire, qu'il prend ses premiers clichés avec un Krauss d'occasion. Il vient de vivre une peine d'amour et de frôler la mort. Il publie son reportage l'année suivante (1931). Il achète son premier Leica à Marseille en 1932. Henri Cartier-Bresson est l'un des photographes les plus réputés au niveau international. Outre ses portraits d'artistes et d'écrivains, il a parcouru le monde dans un esprit de témoignage. Assistant de Jean Renoir au cinéma, il apprend à manier le support audiovisuel. Fait prisonnier par les Allemands en 1940, il réussit à s'évader en 1943, après deux tentatives ratées. Cette expérience le marque profondément. Il intègre un mouvement clandestin d'aide aux prisonniers, multiplie les clichés durant la Libération et réalise « Le Retour », un documentaire sur la réintégration à la vie civile des prisonniers de guerre.


L'instant décisif :

Avec Walker, Evans, Brassaï, Kertész et quelques autres, Cartier-Bresson est considéré comme un pionnier du photojournalisme. Il est souvent fait référence à lui sous les trois lettres HCB. Il voyage en Afrique, au Mexique, aux États-Unis, et réalise en 1936 un documentaire sur les hôpitaux de l'Espagne. Avec l'aide de Robert Capa, de David Seymour, de William Vandivert et de George Rodger, il fonde la célèbre agence coopérative Magnum Photos en 1947. Il est considéré comme un photographe humaniste, refusant toute mise en scène pour la réalisation de ses clichés, prônant la simple reproduction de la réalité prise sur le vif et l'usage du noir et blanc. Il est l'inventeur du concept de « l'instant décisif », exposé avec sa définition de la photographie en préface de son premier ouvrage, « Images à la sauvette », publié en 1952 avec une couverture de Matisse. Connu pour sa précision au couperet et l’aspect assez graphique de ses compositions qui ne sont jamais recadrées au tirage, il s'est surtout illustré dans le reportage de rue. Il fait de sa spécialité la représentation des moments pittoresques ou significatifs de la vie quotidienne des européens.


Le photoreportage, pas une preuve en soi :

Voilà un homme, déjà pourvu d’une solide réputation d’observateur et d’opérateur, connaissant le Tout-Paris et bien au-delà,  qui, au moment de poser le pied en août 1954, sur un sol d’URSS redouté et méprisé par l’Occident, éprouve comme première sensation celle d’un bouseux animé du besoin de connaître. « Pour Tintin le monde des ploucs commence sitôt franchis les boulevards périphériques ». Dans cette figure inversée la pratique contemporaine du photojournalisme tourne complètement le dos à l’attitude et à l’œuvre d’Henri Cartier-Bresson. Il insiste sur la nécessité de ne pas essayer de prouver quoi que ce soit. « La photo ne veut rien dire, elle ne dit rien, elle ne prouve rien (…) Avoir conféré à la photographie une valeur de preuve a créé la concurrence et les photos bidons. » Cette question sur l’intention de la preuve est absolument cruciale si l’on veut comprendre à la fois le sens, l’orientation et les contresens des pratiques contemporaines du photoreportage selon Henri. La philosophie de Cartier-Bresson c’est s’abstraire, ne pas essayer de prouver quoi que ce soit, parvenir autant que faire se peut à l’oubli de soi pour atteindre une cible qui cesse donc dans cette fraction de seconde d’être nettement déterminée. C’est tout le contraire de la pratique du photojournalisme qui consiste à se mettre en avant pour capturer une proie dont les contours sont déjà dessinés. Aujourd’hui, sur la base d’un cliché on nous explique une histoire et on l’argumente par une, deux ou trois images. En Afghanistan les quelques clichés tendent à montrer la supériorité organisationnelle, militaire et matérielle des américains sur les talibans, pourtant les Etats-Unis sont repartis bredouille après avoir perdu beaucoup de vies humaines. En Irak le peu de photographies sur les affrontements ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu batailles et pertes humaines. A l’heure actuelle, au Mali l’ennemi quasi invisible des photographes et des journalistes ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’opposition… Il est curieux que cette idée pourtant simple et assez logique qu’une photographie soit rarement une preuve ait tant choqué à l’époque. D’ailleurs, le reportage photographique continue d’être utilisé et de fonctionner comme une preuve en soi. Marc Riboud, pourtant ami d’Henri, s’était insurgé de cette façon réductrice de voir son métier par une petite phrase assassine à son encontre. Pourtant Cartier-Bresson nous mettait en garde, même s’il reconnaissait les faits, le photojournalisme de son époque, quand il était encore le seul et unique moyen d’information, était bien à 100% un moyen de preuve utilisé par les médias. Ainsi, en page de garde d’« Images à la sauvette », édité en 1952 par Tériade, qui rassemble des photographies d’une quinzaine de pays, figurait déjà cet avertissement : "Les images de ce livre ne prétendent pas donner une idée générale de l’aspect de tel ou tel pays."


Photographier c'est une manière de vivre :

En 1986, il reçoit le prix Novecento à Palerme, des mains de Jorge Luis Borges. En 1996, il est nommé professeur honoraire à l'Académie des Beaux-Arts de Chine, puis concernant le Tibet, il écrit une lettre aux autorités chinoises pour dénoncer « les persécutions dont la Chine se rend coupable ». Bouddhiste, il assiste régulièrement aux enseignements du 14ème Dalaï-Lama qu'il a également photographié. Il a milité pour la cause tibétaine. En 2003, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans (un an avant sa mort), une fondation portant son nom a été créée à Paris pour assurer la conservation et la présentation de son œuvre et aussi pour soutenir et exposer les photographes dont il se sentait proche. Après ces quelques lignes, trop peu nombreuses, pour décrire ce personnage, je pense que l’une de ses célèbres phrases trouve parfaitement sa place en guise de conclusion : « Photographier, c'est une attitude, une façon d'être, une manière de vivre ». Il nous quittera en août 2004 et sera inhumé à Montjustin dans les Alpes-de-Haute-Provence.


Voici un site pour approfondir le travail de ce maître du noir et blanc : http://www.henricartierbresson.org/index.htm