Rodolphe Sebbah


L’influence des photographes de l'école new-yorkaise :

Rodolphe Sebbah est diamantaire de formation, il devient photographe parisien par adoption, même s’il est né en 1958 à quelques kilomètres de la capitale. Il y vit d’ailleurs aujourd’hui depuis une quarantaine d’années. Ce qu’il aime de Paris, c’est sa faculté à donner l’impression de changer de pays en passant simplement d’un quartier à l’autre. En quelques pas on quitte un lieu populaire pour entrer dans un quartier chic, on passe d’une ambiance Indienne à une ambiance chinoise ou africaine, ce qui correspond à un véritable paradis pour tout passionné de street photo. Autodidacte, Il se passionne depuis de nombreuses années pour la photographie de rue, il est un témoin de la condition humaine. Quand il commence la pratique de la photo, c’est naturellement dans la rue qu’il travaille au gré de ses pérégrinations urbaines. Petit à petit, il va découvrir le travail de grands photographes de rue tels qu’Elliott Erwitt, Saul Leiter ou Bruce Davidson. Très vite, il comprend qu’il s’inscrit dans leur tradition photographique, que par son approche il fait partie de cette communauté. Très influencé par les photographes de l'école new-yorkaise des années 50-60 tels qu'Helen Levitt, Garry Winogrand, Vivian Maïer ou Robert Frank, il se définit lui-même comme un photographe au ras du trottoir. A partir de ce moment avide de connaissances, il lit tout ce qui concerne ses modèles, achète des livres photos, s’initie à la technique, se rend dans des expositions … Il ne passera plus une journée sans arpenter les rues et sans tenter d’en capter l’âme. En tant qu’autodidacte il n’a pas la patience d’apprendre à maîtriser l’argentique, le numérique correspond d’entrée à son caractère impatient, surtout qu’il commence tardivement la photographie sous l’ère du numérique. Aux notions d’esthétique et de style, il préfère une photographie directe et objective, reposant sur l’instantané. Dans le respect de cette pure tradition, il ne produit que des prises sur le vif, aux mises en scènes rigoureuses il privilégie le « snapshot » qui est en fait l’instantané à l’américaine. Il utilise tous les périples impromptus qui surgissent dans la cité pour révéler des images éphémères et souvent drôles. A ce titre il est l’un des dignes héritiers des René Maltête ou encore d’Elliott Erwitt, tant l’humour tient une part importante et souvent prépondérante dans ses images. D’ailleurs Rodolphe avoue être très attentif face aux excentricités de la rue. Il aime jouer avec les affiches, les slogans publicitaires, les enseignes, qui sont des sources inépuisables de clins d’œil souvent cocasses et amusants.


Un style frontal :

Quand on demande à Rodolphe de définir son style, il n’aime pas cette question. Mais il est bien obligé de convenir qu’il a un style quand certains lui disent qu’ils reconnaissent ses images au premier coup d’œil. Il dit alors que ses photos sont « vraies ». Pour décrire ses images je dirais d’abord qu’il a fait beaucoup de noir et blanc comme ceux dont il a observé le travail, les maîtres de l’image de rue. Mais il s’essaye avec succès également à la couleur, il apprécie d’ailleurs de plus en plus de photographier en couleurs. Il précise que le noir et blanc donne souvent l’impression que le contenu prime sur le reste, mais ajoute que ce n’est pas une vérité universelle. En principe il ne fait presque jamais de plans larges, il n’est pas un photographe d’architectures ou de paysages. Son sujet central reste l’homme dans la cité. D’un point de vue technique, sa marque de fabrique est frontale et fine à la fois, il s’approche au plus près de ses sujets tout en restant invisible et discret. Compliqué me direz-vous ! Mais c’est la seule garantie d’obtenir des images authentiques, spontanées et sincères. D’ailleurs, en y regardant de plus près, je crois que Rodolphe Sebbah représente  l’antithèse de ce que l’on peut apprendre dans une école de photographie. Quand on voit ses clichés, on pense qu’il déclenche parfois en se disant qu’il fera le tri après. Et c’est cette spontanéité, cette fraicheur qui opère et produit des images uniques, des instants décisifs, des moments éphémères qui resteront uniques. En matière de retouche, il vaut mieux vous l’aviez compris ne pas aborder cette question avec lui. Il ne souhaite pas transformer la réalité, pas d’effet, pas d’abus de technologie ou d’ajouts d’éclairages, Rodolphe aime les images « vraies » ! Sur ce point il avoue préférer un cliché raté mais fort à une image parfaite techniquement mais qui ne dégage pas d’émotion. Enfin niveau matériel, il utilise un Nikon D600 et travaille invariablement avec trois uniques objectifs : le 50 mm f1.4 , le 35 mm f2 et le 28 mm f2.8. Des objectifs à focales fixes qui l’obligent à constamment s’adapter, et bien sûr, à être en perpétuel mouvement pour tirer le meilleur angle par rapport au sujet. Le zoom reste inactif car ce n’est pas son truc, et cela toujours pour les mêmes raisons : pour vivre ses images, pour rester proche de ses sujets et bien sûr pour tourner autour d’eux. C’est une pratique que j’ai moi même adoptée avec le 50 mm f1.4, et il est vrai que le plaisir de faire des images dans de telles conditions empêche tout retour arrière vers une solution « plus confortable ». J’entends par là quand le zoom travaille pour le photographe, et parfois même trop souvent, à sa place. Le zoom s’utilise dans des situations précises en dehors de la rue, si on fait du paysage ou de l’animalier par exemple.


Photo-reporter en milieu urbain :

La meilleure analyse de son approche photographique personnelle a été faite par lui-même quand Rodolphe a déclaré : « Je me considère comme un photo-reporter en milieu urbain. Ma démarche n’est pas prioritairement esthétique, Je ne cherche pas spécialement à faire une « jolie photo » mais surtout à capter un bel instant de vie urbaine ou un moment fort. A ceux qui me demandent souvent quel sens a telle ou telle photo, je réponds ce que répondait Helen Levitt : « Ce que vous voyez est ce que vous voyez, il n’y a rien à voir ou à comprendre au-delà de ce qui est montré. » Comme tous les photographes de rue, j'agis dans l'instant, il y a donc fatalement des ratés, dus soit à une mauvaise appréhension de l'évènement, soit à une maladresse, soit à la précipitation. Mais comme disait Willy Ronis « C'est à la fois la grandeur et la servitude du genre... » C'est le risque permanent du ratage, l'incertitude constante du résultat qui me font tant aimer ce combat douteux. Mon sujet c'est la rue, la rue où tout est prétexte à faire image. Je photographie les hommes, les femmes, les choses, les anonymes dans leur quotidien, j'essaie d'enregistrer en une fraction de seconde la complexité, comme la banalité de la vie urbaine et de la condition humaine. Je m'efforce de capter le théâtre de la rue sans me soucier de ce qui est beau ou laid, confortable ou dérangeant. Ma seule exigence est la spontanéité. Je regarde l'humanité telle qu'elle se montre à nos yeux, chaque jour, sans fard. Je suis un photographe  à ras du trottoir, et je laisse le spectateur libre de son imagination. Contrairement à d'autres photographes qui évoqueront le sens de leur démarche, je ne cherche pas particulièrement à composer une œuvre qui ait un sens, je veux rester un spectateur, le passant invisible, celui qui donne à voir ce qu'il a vu. Je ne juge pas, je montre. Je ne regarde pas, je vois. »


Une carrière prometteuse :

Un jour Manuel Bidermanas, le fils du célèbre photographe Izis, à qui Rodolphe montre ses photos, l’encourage à continuer. Encouragé par l’enthousiasme que la rue lui témoigne, Rodolphe diffuse ses photos sur des sites spécialisés et rencontre un vif succès auprès de nombreux illustres inconnus de confessions et de cultures différentes. Quelques temps plus tard, une journaliste chinoise qui a vu son travail sur le métro parisien le contacte et lui propose une interview pour le magazine chinois « Vision ». Dans ce numéro, il figure en bonne place aux côtés du célèbre photographe de rue new-yorkais Markus Hartel. Son travail dans la rue et le métro a d’ailleurs fait l'objet de plusieurs publications en France et à l'étranger. Et c’est par exemple à Baltimore que Will Prinn, jeune artiste peintre américain, réalise une œuvre à partir d’une photo de Rodolphe. En 2012 Gérald Vidamment, rédacteur en chef de « Compétence Photo », lui consacre un bel article sur le site « Le Révélateur » dédié aux nouveaux talents du monde de la photographie. En 2013 il monte l’exposition « Je te salue ma rue » à La Rotonde de la Vilette. Il est également le Lauréat des Zooms du salon de la Photo 2014, présenté et soutenu par le magazine Le Monde de la Photo.Il enchaîne début 2015 avec une exposition au Japon… la continuité d’une carrière prometteuse. Pourtant, malgré tout cela, Rodolphe aimerait un jour pouvoir vivre de ses photos et ne plus avoir à se consacrer uniquement qu’à cela.


Son site est à l’image du personnage et de ses réalisations, il est riche et spontané. Je vous en recommande la visite qui s’impose : http://www.rodolphesebbah.com/