Philippe Guionie


De l’histoire au portrait :

Philippe Guionie est né en 1972 en France à Brive. Historien de formation, il pratique une photographie documentaire avec comme thème principal et récurent, la mémoire et les différents aspects identitaires. Le portrait en noir et blanc est sa principale spécialité pour aborder les sujets qu’il traite. Ainsi il pose des visages sur la mémoire humaine et y associe souvent des enregistrements sonores. Philippe Guionie écrit en photographie une histoire humaine et l’inscrit dans le temps, celui de la mémoire partagée et celui du temps présent.

Ses titres de gloire :

Philippe est chargé des cours de sémiologie de l’image à l’école de formation de la photographie et du multimédia (ETPA) à Toulouse depuis 2008. Il encadre de nombreux workshops en France et à l'étranger, il a par exemple été maître de stage aux Rencontres d’Arles en 2012 et 2013. Il est membre de l’agence Myop depuis 2009, et est représenté par la galerie Polka à Paris depuis 2011. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages photographiques comme « Anciens combattants africains » « Un petit coin de paradis » et « Africa-America ». Ses sujets personnels sont également présentés dans des galeries telles que celle du Château d’ Eau à Toulouse, à la galerie Polka de Paris, dans différents instituts culturels français d’Afrique et aussi en Amérique du Sud. Philippe intervient et expose également lors de différents festivals comme aux Rencontres d'Arles, au festival Image Singulières de Sète ou au Photo festival de Tbilisi en Géorgie. Il a remporté plusieurs prix photographiques dont le Prix Roger Pic 2008 pour sa série « Le tirailleur et les trois fleuves ».

Deux séries remarquées :

Je recommande aux passionnés de noir et blanc deux séries parmi l’ensemble de son travail. Le format carré dominant chez lui nous fait aller droit au but, on entre tout de suite dans le sujet principal, un peu comme au centre d’un carré le modèle trône et prédomine. La première de ces séries est intitulée « Le tirailleur et les trois fleuves », elle a été initiée en 1998. Très présents lors de la Première et Seconde Guerre mondiale, que ce soit à Madagascar, en Indochine ou en Algérie, voici autant de conflits dans lesquels les anciens combattants, africains et nord-africains, ont pris une part importante. Le tirailleur, qu’il soit sénégalais ou algérien, est un personnage militaire et historique aux multiples facettes. Tantôt vedette de réclames, tantôt figure de l’imaginaire francophone, il symbolise l’image d’un temps lointain. Il symbolise l’aliénation coloniale pour les uns, étant l’une des dernières figures emblématiques de l’époque colonialiste. A l’inverse il peut tout aussi bien représenter une fidélité exacerbée pour d’autres. On ne peut s’empêcher de voir des images sur lesquelles il affiche une bonhomie naturelle et attire la sympathie. Les trois grands fleuves de l’ex-empire colonial français étaient le Sénégal, le Niger et le Congo. Trois routes, trois influences que le tirailleur a emprunté dans son parcours d’homme et de soldat. Dépositaire d’une mémoire unique de la francophonie, il est devenu le témoin privilégié des relations Franco-africaines. La série «Le tirailleur et les trois fleuves » pose un regard contemporain et artistique sur cette mémoire humaine de plus en plus oubliée et souvent méconnue. Cette ouverture sur une époque révolue mais dont les derniers acteurs sont toujours les garants de la mémoire collective et de notre passé. Cela prend un sens encore plus particulier à l’heure où se manifeste la nécessité d’inscrire l’immigration dans un devoir de mémoire et de lui rendre sa place légitime dans l’histoire de la France et de celles des Pays d’Afrique qui jadis ne faisaient qu’un avec notre nation.

L’autre série dont je veux vous parler est l’ensemble de clichés portant le nom d’« Africa-America », réalisé entre 2008 et 2010. Elle traite des populations noires des Andes et a été présentée à Paris, à la galerie Polka de novembre 2011 à janvier 2012. Dans ce projet Guionie s’interroge sur les influences africaines en Amérique du Sud. La présence d’africains au Brésil et dans les Caraïbes est bien sûr déjà connue, mais elle l’est beaucoup moins dans les Andes. « Africa-America », est un itinéraire photographique construit autour de portraits qui interrogent sur les traces contemporaines de l’africanité chez les diasporas noirs des Andes. Les populations noires des Andes ont été éparpillées tout au long de la Cordillère depuis le 17ème siècle par l’intermédiaire de l’esclavagisme, bien sûr. Ces esclaves semés ça et là, blottis dans des hameaux misérables, ont traversé les temps pour aujourd’hui ressurgir sur les images de Philippe. Tenus à l’écart par leurs maîtres blancs autant que par les Indiens dont elles partageaient l’existence laborieuse, au sens initial du terme. Ce très long exil aurait pu les diluer dans l’immensité sud-américaine, leur faire perdre toute racine et culture identitaire. Mais bien au contraire, on les découvre résolument africains, certes projetés dans un autre décor mais obstinément eux même. Le décalage espace temps et géographique crée une impression de personnages placés là pour les besoins d’une composition photographique, en réalité il n’en est rien. Jadis déplacés, ces gens affichent simplement en un autre lieu, leur africanité transmise au fil des années et des générations. Car l’exil interminable de ces africains est en train de prendre fin. Les noirs andins, peu à peu prennent conscience d’eux-mêmes, ils revendiquent leurs droits. Voilà pourquoi l’œuvre photographique de Philippe Guionie revêt un aspect si particulier, certains observateurs parlent même d’un travail « révolutionnaire », car il participe à changer les regards en affranchissant enfin ces anciens esclaves.


Voici son site photo pour faire plus ample connaissance avec son travail : http://www.philippe-guionie.com/